Pour notre fils, l’école est un enfer sur terre

pupitre ancienne ecole

L’école un enfer sur terre. Voici peut être le paradoxe pour beaucoup, qu’un enfant ayant sauté une classe, avec de nombreuses compétences puissent être en mal-être scolaire. Un paradoxe non, une réalité pour de nombreux petits zèbres. Enfer face à des apprentissages mal adaptés. Enfer face à une vie en collectivité où les codes sociaux sont si difficiles à déceler, à appréhender pour un enfant atypique. Une journée d’école vécue douloureusement.

Difficile pour Zebulon de passer une journée sur le banc de sa classe, à se contenir, à se conformer à l’image du parfait écolier. Être parfait, ne pas se faire remarquer, ne pas faire de vague. Répondre parfaitement à un système parfaitement imparfait selon lui. Il est très exigeant avec lui-même, beaucoup trop. Il ressent dans son corps qu’il n’est pas à la hauteur dans sa mesure de référence qu’il se fixe. Cette exigence de perfection qui le pousse trop loin, qui le tyrannise. Il essaie envers et contre tout de se contenir dans un cadre scolaire parfait, à être un petit garçon aimable et sage. Impensable pour lui de ne pas avoir que des points verts! Impensable pour lui de ne pas finir un exercice, de ne pas rendre un devoir parfaitement propre. Peur panique face à la montagne de travail. Peur panique de décevoir, redoubler.

Si parfait que cette exigence explose littéralement en lui. Impossible de le verbaliser, trop lourd, trop difficile de dire que cela fait trop. Il se contient encore et encore. La journée d’école devient une torture. Son corps hurle un signal de détresse: il fait de l’encoprésie. Il retient ses frustrations, sa colère pour se contenir dans un cadre scolaire. Se taire, se murer. Endurer jusqu’à s’oublier. Jusqu’à contraindre son petit corps au silence complet. Ne plus être maître de son corps. Essayer d’être ailleurs.

Il décroche. Son refus d’aller à l’école est de plus en plus présent. Le chemin du matin est un combat d’arguments pour qu’il se prépare, sorte de la Casa, traverse le portail de l’école. La Casa qui est devenue son refuge. Le week-end, il nous dit ne pas vouloir la quitter, pour profiter d’être au calme, de jouer.

Zebulon est un valeureux chevalier qui a mené de nombreuses batailles. Petit zèbre en armure qui combat chaque jour les séquelles auditives et une dyslexie. Satanées confusions de sons qui lui font perdre toute sa confiance en lui. Il se déprécie au point de se rendre malade. Difficultés scolaires vécues comme une entrave pour lui dans son objectif de perfection. Paralysé face à un travail, fausse certitude de son incapacité d’y parvenir, il rejette tout. Il rejette les apprentissages. Il fait de sa peur de l’échec un refus scolaire.

Zebulon a décidé d’écrire à sa maîtresse pour lui avouer tout ce qui est si difficile. Il me dit être trop timide pour lui parler directement. Quelques lignes soigneusement choisies, un dessin le représentant tout petit dans l’immensité de sa classe, une maîtresse trop loin pour lui. Une classe à double niveau, elle doit partager son temps, son attention.

A la sortie de l’école, je l’ai vu tendre son enveloppe. Partir en courant pour se cacher. Je ne l’ai pas lue, cela lui appartient. Il m’a juste dit qu’il avait écrit que tout ce travail était trop, trop et trop.

Tu sais Mamá moi je ne baisse jamais les bras.

Je rencontre la maîtresse ce midi ….

 

 

 

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4 Replies to “Pour notre fils, l’école est un enfer sur terre”

  1. Hello ma chère amie,
    j’espère que cette rencontre a porté ses fruits, et quel courage de ton Zébulon pour avoir écrit cette lettre, tu lui diras de ma part !
    Je ne sais pas si tu connais la maison d’édition La Poule qui pond (régionale), le fondateur est lui-même dyslexique et publie des livres (albums et romans) syllabés avec des aides à la lecture. il fait un travail formidable, et publie aussi un journal d’actualité pour les 8/12 ans très intéressant, Albert …
    Gros bisous à toute la Casa !

    1. Ma chère Marianne . Merci pour ton message. Je ne connais pas cette édition mais je vais me pencher dessus très rapidement. Merci à toi. Bises à ta Casa

  2. Un soir où j’ai le temps, le temps de lire ton témoignage, et d’en être très touchée. D’être interpelée par l’histoire de ton fils. J’ai quelques vingt-cinq années d’enseignement derrière moi. J’ai eu mon lot de bouts de choux qui n’entraient pas dans le cadre, ceux pour qui je tentais de trouver des solutions, ceux qui défiaient tout diagnostic. J’avoue que parfois j’ai été submergée par la masse de cas particuliers et que j’ai détesté ne pas toujours pouvoir tout gérer. Chez nous, en Suisse, dans quelques établissements, les enfants à haut potentiel peuvent intégrer une classe spéciale le temps d’une matinée par semaine. Ils se retrouvent ainsi entre eux et peuvent mettre en place un projet à leur niveau. Ton fils est-il suivi par une logopédiste ? A-t-il un programme adapté? Si tu n’obtiens pas d’aides, ne faut-il pas se demander s’il ne vaudrait pas mieux que Zébulon revienne dans une classe avec des enfants de son âge, en espérant qu’il ne s’y ennuie pas et que ses compétences y soient plutôt valorisées? Amitiés.

    1. Bonjour Karin
      Merci infiniment pour ton message qui me touche beaucoup. Notre notre ville, il a effectivement quelques établissements pour accueillir les enfants HPI en souffrance dans le système éducatif classique. Pour le moment, nous avançons de concert avec l’équipe enseignante qui semble avoir à coeur de l’accompagner au mieux. Il serait impensable que Zebulon retourne dans une classe avec des enfants de son âge, cela serait très douloureux pour lui d’autant plus il ne se sent pas en phase avec des enfants de son âge et en terme d’apprentissage et il serait face à un ennui trop immense. Un aménagement va être mis en place dans sa classe. J’espère qu’il y trouvera un apaisement et une joie de venir à l’école.
      Au plaisir de te lire.

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