Le jeu face à l’angoisse de l’école

7h00
Jingle
Bonjour il est 7h00 vous êtes  bien sur Radio Scoop, voici les titres du journal. Fin des vacances pour la 2ème zone, des milliers de petits lyonnais reprennent le chemin de l’école.

– Zebulon, ….. Zebulon mi Amor, il est l’heure de se lever …
– Nooooooooooooooooooooon
Zebulon disparaît instantanément sous la couette. Ainsi caché, espérait-il que j’oublie de le réveiller ?

7h05
Une belle journée nous attend sur tout le ciel lyonnais.
– Zebulon, allez chéri il faut vraiment te lever pour prendre ton petit déjeuner, te préparer pour avoir le temps de jouer avant de partir.
– Mamá, je ne veux pas aller à l’école, fais comme si tu ne m’avais pas vu et laisse moi à la Casa. De toutes les façons, je déteste l’école et c’est trop nul !!!

7h06
Commence alors notre ballet matinal. Une chorégraphie organisée et réglée à la minute près. Ne pas perdre de vue Zebulon tant qu’il n’est pas habillé. A chaque occasion, il irait se glisser dans les coulisses pour ne pas participer à la représentation. Tout en l’habillant, je l’écoute inlassablement m’argumenter la non nécessité d’aller à l’école. Comment me rassurer si jamais j’acceptais de le laisser seul à la Casa. Il a bien compris que je ne pouvais pas me soustraire de mon obligation d’aller au travail mais lui, il a tous les arguments pour ne pas aller à l’école. J’écoute me défendre qu’à la Casa, il a de quoi apprendre, avec tous nos livres !!! C’est bien la peine d’avoir un mère qui travaille en bibliothèque ! “Et puis par le jeu … hein Mamá par le jeu on apprend aussi, c’est toi qui nous le dis tout le temps !!”.

Le temps de mettre le dentifrice, le voilà déjà à se dérober. Hop je le rattrape. Tout en se frottant les dents, il me gesticule le reste de ses explications d’une main, tout en jouant de l’autre main. Il tournoie, papillonne. Plaidoyer pour un Zebulon en mal avec l’école.

7h30
-Zebulon, tu as 30 minutes de jeu devant toi avant de partir. La Casa se transforme en un joyeux brouhaha, dans une douce frénésie comme s’il fallait profiter au maximum. Remplir son cœur de doux moments avant le moment fatidique, l’inévitable.

8h05
– Zebulon, il est l’heure partir.
Son corps se raidit, ses yeux se mêlent d’une profonde tristesse et d’une colère. Chaque geste devient brusque comme un affrontement. Les chaussures valsent, le blouson traîne, donnant l’impression de peser une tonne. Le poids de sa journée semble l’assaillir. Il claque la porte laissant bien évidement son cartable à la maison. Demi-tour sous mes injonctions pour le rechercher, marmonnant que sans ce maudit cartable, il serait dispensé d’école.

8h06 portières fermées, ceintures clipsées.
Nous créons notre histoire de la journée. Un imaginaire pour le passage entre la maison et l’école vécu si douloureusement. Une histoire que nous construisons à deux.
L’école est attaquée par l’infâme Gargamel. Acompagné de son chat, il a pour mission de transformer chaque enfant de l’école en Schtroumpf. Dès lors qu’un enfant porte du bleu, c’est déjà trop tard, le sort est tombé sur lui. Zebulon, tu dois au travers de tes missions de la journée libérer ton école sinon ce soir les grilles ne s’ouvriront pas. Méfie toi, dans ta poésie, il peut y avoir un piège. Lors de la leçon de mathématiques, il a un code à récupérer. Dans cette satanée leçon de conjugaison une erreur de terminaison et Gargamel peut devenir invisible durant quelques minutes rendant ta chasse lors de la récréation très difficile. Sois prudent mon vaillant Zebulon. A ce soir. Je t’aime.

8h20 il est dans l’école. Je respire. Mission accomplie.

5 années de scolarité de Zebulon. Trop d’années à le traîner de force sur le chemin de l’école. Trop de cris, de larmes et de colère. Laissant ma patience bien trop de fois. La grille nous séparait, rouges d’énervement, de larmes et d’une profonde peine car nous savions lui et moi qu’il nous était impossible d’éviter ce passage entre la maison et l’école. Une fois dans l’école, sa journée allait se passer, pas dans une joie immense mais passerait … plus ou moins vite.

17h00
– Alors mon Zebulon cette journée?
– L’horreur Mamá, comme tous les jours mais tu sais dans la cour, j’ai évité le piège de feu et pendant la grammaire, j’ai failli être attaqué mais j’ai utilisé mon pouvoir de glace tu sais le pouvoir …..
Je l’écoute m’expliquer en détail cette attaque, au milieu des adjectifs possessifs, comment il a dû déchiffrer cette lecture, essayer de se mêler à ses camarades pour ne pas attirer l’attention.
– Zebulon pourquoi tu as écrit tes devoirs avec ce stylo ? Ton écriture est beaucoup moins jolie avec !
– Mais Mamá, je n’avais pas le choix mon super stylo est bleu et je ne voulais pas prendre le risque d’être transformé par Gargamel !!!

Au milieu de cette angoisse de l’école, il y a le jeu, notre jeu. Le jeu comme un bouclier, une armure pour affronter ce qui fait peur. Ce qui fait mal. Notre Zebulon est un écolier dans son imaginaire mais un vaillant écolier.

Rendez-vous sur Hellocoton !Mamá Chronique

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.