Deux histoires sans trait d’union

coucher de soleil

Je ne sais pas comment finalement décrire notre histoire. Pourquoi au final ce besoin de nommer une relation? Besoin de définir un lien sur le fil, parfois silencieux mais existant. Une relation d’état civil ou de génétique. Cette ressemblance parfois frappante, déroutante. Une ressemblance comme un objectif à ne jamais atteindre. Secrètement souffler “pitié que je ne lui ressemble pas!” Un père, une fille, deux histoires sans trait d’union.

Ce père absent, ce père qui ne parvient pas à se positionner, à s’imposer, à être un père. Un père qui se convainc que de partir était nécessaire, une obligation. Un choix sans issue. Partir, fuir. Ne plus répondre. De l’autre côté du miroir, une petite fille qui attend dans ce couloir exigu, sombre. Bâtiment austère, lieu de vie des corbeaux noirs, les avocats comme je les appelais. Les noms de mes géniteurs inscrits sur cette porte bien malmenée par les années. Certains avaient peut-être frappé leur colère contre elle, avant moi. Les talonnettes qui frappent le parquet grinçant, le silence et cette attente. Attendre que des adultes décident pour moi, décident chez qui je devais vivre. Trop jeune pour être entendue, trop jeune pour être une personne. “A. ? Nous avons décidé que tu allais vivre chez eux …. tu comprends?”

Comprendre quoi? Comprendre ces visages qui se félicitent que mes géniteurs ne soient pas venus? J’écoutais leurs phrases incessantes “heureusement qu’ils ne sont pas venus, nous n’avons pas à nous battre, c’est mieux ainsi!”. Mieux ainsi? J’étais incapable de l’entendre, de le comprendre. J’étais sur ce banc, du tribunal pour enfants à attendre que mes parents viennent … pour être comme tous les autres enfants.

Le silence s’est intensifié, l’attente d’une lettre, d’un appel. Un anniversaire oublié. Impensable d’oublier la naissance de son enfant! Je devenais une professionnelle dans l’art des excuses les plus excusables d’une absence parentale. On était à 2 doigts du “je suis certaine qu’ils sont agents secrets et qu’ils ont dû me laisser là sans un mot pour accomplir une mission, pour sauver l’humanité!”. Il ne pouvait pas en être autrement. Mon père devenait ce héros qui a renoncé à la chaire de sa chaire pour le bien de tous, ce sacrifice qui nous rendait tous fiers. La réalité était trop violente. La brutalité d’une réalité qui me coupait le souffle. Je mettais parfois ce pansement sur mon cœur, pour ne pas mourir d’abandon.

Même lieu, même ambiance sordide. Les corbeaux qui rodent, parlent entre 2 portes, des « mercis maîtres » rythment les allers et venues. J’avais enfin l’âge d’être entendue. “Tu es d’accord pour rester avec eux ? « A cet âge où notre seule préoccupation devrait être quel pull mettre demain pour être branchée ou dans quel sens tourner la langue si jamais un garçon m’offrait un baiser ?”. Non je devais dire à cet homme qui avait oublié sa bonhommie dans son café du matin que oui j’étais heureuse là où je vivais mais à la fois terriblement malheureuse à la fois. Mes parents ne s’étaient pas présentés, une fois de plus. J’étais là à devoir me réjouir d’un avenir définitivement sans eux. Des signatures en guise d’appartenance parentale. « Ils ont décidé de s’occuper de toi, tu as de la chance. Maintenant tu leur es redevable, tu devras t’occuper d’eux jusqu’à leur mort » m’annonce mon corbeau noir. Il manquait plus que les 3 coups au théâtre, tombée de rideau et applaudissements. Merci Maître !

A ce moment-là, nos deux histoires se séparent, le trait d’union disparait. Un nom de famille sans ancrage paternel. Il ne pouvait plus me récupérer … Il avait quitté le navire, en espérant ne laisser aucune trace … un voyage solo … Ma mère avait fait ce choix bien avant, elle aussi.

un père / une fille / une mère

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One Reply to “Deux histoires sans trait d’union”

  1. Bonjour ma chère amie,
    tu sais, ce besoin, il n’est pas maladif, je crois que nous avons tous besoin de mettre des noms sur tout, pour que ce qui nous entoure devienne réel, l’incertitude et le doute, c’est tellement instable sous nos pieds …
    Je t’embrasse bien fort, ainsi que ta Casa !

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