Derrière la porte

Il est des histoires que l’on raconte avec grand plaisir, des histoires qui nous font sourire et même rire. Il est de ces histoires que l’on partage avec joie, des extraits de vie, des photos de héros quotidiens que l’on aime. Et puis, il y a toutes ces autres histoires que l’on murmure…

Depuis plusieurs semaines, je croise quotidiennement une femme, une maman. Une femme qui sourit tout le temps dont le rire m’est familier. Une femme que l’on regarde les matins brumeux en se disant “Sois comme elle, souris!”. Comme tous les jours, on échange des banalités, des civilités et ce matin … on fait un bout de chemin ensemble …

Je la croise à nouveau devant son domicile et je lui redemande comment elle va. Pas le “ça va?” où l’on attend même pas de réponse mais une vraie question! Pourquoi aujourd’hui, alors que j’étais en retard? Pourquoi à cet instant, sous cette pluie? Pourquoi? Elle me dit dans un rire rempli de larmes qu’elle n’a pas le moral et même qu’elle n’a plus de moral. A cet instant même cette femme, quadragénaire me narre sa vie, son quotidien. Toujours avec légèreté mais la souffrance vibrait autour de nous. elle me dit que dans son foyer on la tolère mais qu’on ne la respecte pas! Elle n’a pas le droit de travailler, son mari lui prend tout et lui impose son jugement.

Je suis là, sous la pluie avec une envie de hurler que nous sommes en France, en 2011 et qu’il me semble inimaginable de vivre cela, de supporter cela. Elle fait les questions-réponses, se justifie derrière une culture, une éducation. Qu’elle sait que l’on ne peut pas vivre sans le respect d’autrui. Elle me dit que je ne peux pas comprendre mais elle me le dit….

5 min d’échange, 5 minutes avant qu’elle ne disparaisse derrière sa porte. Porte qui cache une tristesse, porte qui cache une détresse. Je continue mon chemin vers la crèche de mon fils. Je suis libre de penser, libre de parler, de bouger. Je laisse mon fils en crèche pour avoir un moment pour moi et je me dis que cette liberté je dois la préserver et la transmettre, mais elle a un gout amer ce matin.

Il est des histoires que l’on raconte comme témoignage. Ce matin cette femme m’a fait témoin de son mal-être. Elle a ouvert un peu la porte mais m’a laissé dehors. Juste l’envie de vider son sac, juste l’envie d’être libre de parler et d’être entendu. Cette liberté ce matin, je l’utilise en écrivant ce billet pour me souvenir de cet instant. Pour que je me souvienne que le respect de l’autre dans son individualité est primordial. Qu’il ne suffit pas de tolérer l’autre mais qu’il faut le respecter.

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5 Replies to “Derrière la porte”

  1. Juste “Waouh ” pour ce billet … l’émotion … j’était avec toi à cette porte !!!! J’aime vraiment ta façon d’écrire ! sincerement , continue !!!

    1. “J’étais” ……

  2. Hum, c’est vraiment pas glop ça !! Je suis comme toi, l’indignation me prend vite dans ces cas-là … et cette femme qui continue à sourire, quel courage …
    Merci pour cette petite tranche de vie …
    Gros bisous et bonne nuit !

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