Baisser les yeux pour ne pas croiser le regard désapprobateur de mon entourage. Ne plus sortir au risque d’être confrontée une fois de plus à cette sensation de ne pas savoir « tenir mon enfant », « ne pas être une bonne mère ». Avec cette sensation de devoir sortir avec des constats d’accident comme si on allait au carambolage inévitable avec notre enfant. Cet enfant jugé bien trop de fois comme inadapté socialement. Enfant une fois de trop comparé à sa grande sœur « tellement gentille, elle! ». Un enfant qui ne tient pas en place, un enfant dont les rapports avec ses pairs sont si compliqués. Un enfant qui n’a pas les codes sociaux.

Un enfant qui scanne l’adulte tellement limpidement. Touchant directement la faille, pour la mettre à mal. Tiltant sur le poids de chaque mot. Gare à toi si tes paroles dépassent ta pensée ! Ce petit bonhomme ne saurait te pardonner ce mot maladroit ou mal approprié. Un mot, une émotion en direct, pouvant le plonger dans une colère ou un profond désespoir, se sentant « un moins que rien, ne servant à rien ».

Trop de fois, j’ai retrouvé Zebulon dans un état de profonde déprime. Reclus sur lui même, persuadé que son cœur restera noir de colère et ne sera jamais un « homme bon » selon ses mots. Accablé de ne pouvoir gérer ses émotions pour être acceptable, accepté. Désespéré de fournir tant d’efforts, si peu visibles pour les autres. Lui qui voudrait être visible pour ses compétences, ses atouts et non sur le reste. Petit bonhomme voulant arracher cette étiquette qui lui colle à peau.

Une estime de lui-même aux antipodes de la confiance qu’il a en ses connaissances, ses acquis. Il est certain de ce qu’il sait mais est incapable de se juger en tant qu’être humain. Un radar émotionnel dans le brouillard.

Longtemps, il s’est conformé à l’image que les autres attendait de lui. « Tu es pénible!. Tu es un diable !! ». Il mettait sa « peau de con » comme j’aime le décrire. Il leur en donnait pour leur argent !! Pourquoi montrer son vrai soi si l’autre ne veut voir que ce qu’il veut ! D’autant plus qu’il ressentait que nous attachions beaucoup trop d’importance aux regards des autres, aux jugements. Il ressentait notre gêne et parfois notre honte …

Ce qui nous a sauvé ( car la Casa était à feu et à sang trop souvent), ce n’est pas d’avoir changé notre enfant, mais notre façon d’être face aux jugements. Nous avons lâché prise face à ses regards désapprobateurs, ses remarques incisives parfois humiliantes.

Nous avons cessé d’essayer d’arrondir les angles avec ceux qui veulent le faire rentrer dans un schéma inadapté. Mais au contraire nous avons mis tout notre énergie pour rendre la vie de notre Zebulon plus facile socialement. Lui apprendre à décrypter les attentes et émotions des autres. Lui servir de décodeur pour qu’il évolue avec moins d’appréhension. Qu’importe si les autres sont malmenés avec un enfant hors norme. Nous avons cessé de le faire rentrer dans ce moule, a essayé désespérément de façonner notre petit garçon à ce que l’on attendait de lui. Être collé à la majorité, être normalisé.

Nous avons cessé de vouloir le changer pour les autres. Face à chaque interlocuteur, nous expliquons son mode de fonctionnement, les petits outils pouvant être mis en place pour faciliter la vie de tous. Nous avons cherché à faire que notre fils aille mieux et non la famille, le corps enseignant, …  Que lui soit mieux avec les autres et non les autres avec lui. Nous avons cessé de faire en sorte que son comportement fasse plaisir à notre entourage. Juste nous consacrer à son mieux être, à l’aider à décoder le monde, à décoder son monde. Essayer de regarder avec ses yeux, son cœur.

Ce lâché prise a été une renaissance pour nous. Nous nous sommes posés et ancrés dans les valeurs que nous souhaitons transmette à nos enfants. Plus forts dans nos convictions et dans la force de notre enseignement pour les accompagner au mieux. L’aider à s’élever.

Libérer du poids du regard des autres, Zebulon a repris petit à petit de l’estime de lui-même. Se sentant renforcé dans sa capacité à mieux gérer ses émotions et au final à mieux traduire l’émotion d’autrui. Il suffit face à une situation de lui expliquer ce que l’on ressent et lui demander si son intention était de nous procurer cette émotion, pour que de lui-même il remette le curseur au bon niveau. Etant plus à l écoute des ses ressentis, il est plus réceptif à celui des autres. Les colères sont plus rares, moins violentes, il verbalise de mieux en mieux, et surtout il a compris que nous étions son allier, et que nous ne baisserons plus la tête.

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6 comments on “J’ai lâché prise face au jugement sur mon fils”

  1. Ah les gens et leurs jugements, leurs cases et leurs étiquettes, mais c’est gonflant !
    Bravo à vous pour ce lâcher prise, car ce n’est pas facile de prendre du recul !

  2. Vous avez beaucoup de courage d’écrire cet article bravo à vous.
    Les gens ont toujours cette tendance à vouloir mettre tout le monde dans une case et celle qui leur convient tant qu’a faire….mais ils oublient qu’il faut de tout pour faire un monde.
    Bon week end

  3. J’ai le même zèbre à la maison (enfin similaire sur les difficultés en tout cas, ils sont bien sur tous différents… Ton texte m’a mis les larmes au yeux, car je crois que c’est la première fois que je lis des mots aussi justes sur la galère que l’on peut traverser, la solitude que l’on peut ressentir. A l’école, dans les lieux publics, les copains parfois même aussi « On va appeler super Nanny si ca continue » avons nous même entendu… Bravo pour votre chemin, sous sommes encore en route par ici..

  4. Bravo pour cet article, et bravo pour votre remise en question. Je suis toujours impressionnée de voir le jugement si dur des adultes sur les enfants… on dit souvent que les enfants sont dur entre eux, mais ne suivent ils pas (finalement) un exemple que nous donnons. en tout cas bravo, il faut beaucoup de courage pour admettre ses « faiblesses » et bien plus pour essayer de changer les choses !

    Coralie

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