Elles sont là, elles m’attendent. Prêtes à fouler le bitume, avaler des km. Je me surprends à partir courir pour me défouler, pour réfléchir, pour vider mes angoisses. Moi pour qui la course à pied était auparavant un mot barbare. Maintenant je l’attends pour lâcher le trop plein, lorsque mon sac à émotions déborde.
Je me suis déjà retrouvée à pleurer entre deux foulées, à crier de rage quand la solution ne m’apparaissait pas. Espérant avancer dans ma réflexion au fur et à mesure où mes pas avancent. Laisser le mauvais, le négatif derrière moi et toujours avancer, ne rien lâcher.

visage run noir et blanc chagrin

Ne rien lâcher. Je crois que c’est la phrase que je me répète le plus depuis que je suis Mamá. Je ne sais pas ce qui me fait le plus peur, échouer ou ne pas avoir tout tenté? A chaque étape avec les gones, je me suis remise en questions, je suis même aller au delà de certaines croyances avec notamment le magnétiseur pour traiter le lichen scléreux atrophique de ma puce. J’ai massé les oreilles de Zebulon avec un galet de soufre quand les montres l’envahissaient. J’ai été prête à faire une danse vaudou si cela pouvait apaiser mes petits. Car je ne veux rien lâcher, je ne veux pas lire dans leur regard « Pourquoi Mamá tu n’as pas essayé plus? Pourquoi? »

Chercher au delà de soi, de ses croyances, de son héritage familial. Chercher sans rien dire pour ne pas être jugée, critiquée. Car cela fait trop mal. Ne plus perdre de temps avec des personnes qui nous poussent vers le bas. Pour ne pas attirer le mauvais oeil? Si jamais cela existait … Combien de douches suffisamment longues pour étouffer des pleurs, pour ne pas laisser les doutes transparaître? Combien de tablettes de chocolat englouties pour remplir un vide de certitude? Combien de « et si » prononcés avec le ChefChronique à retourner la situation dans tous les sens? Jusqu’au moment où j’accepte enfin que seul le temps sera notre allié.

Mais quand le chagrin est là et que mes baskets sont à la Casa. Que je suis au travail à cogiter, à tourner en rond. Que faire? Ce matin, l’orthophoniste m’a expliqué les séquelles auditives de Zebulon suite à ses otites sero-muqueuses à répétition. Nous nous pensions à l’abri de ces séquelles, Zebulon parle très bien, a un langage étoffé et parle de manière très claire. Mais ça c’était avant l’apprentissage de la lecture. Passage de l’écrit à l’oral mais surtout de l’oral à l’écrit. Sans que nous le sachions, il compensait en permanence. Oui il lit en permanence sur les lèvres. Cherche les lèvres de son enseignant. Il cherche pour se connecter. Il cogite très vite alors il raccroche les wagons et cela passe inaperçu. Sauf que là il ne peut plus faire semblant.

Il est toujours ses T-tubes, il a une audition dite normale mais il n’entend pas le m, le p, le v, f …. nombreuses lettres qui sonnent mystérieusement pour lui. Alors un coup sur 2, il essaie, il se trompe, il tente puis maintenant on sait. Son audition a été altérée et de manière irréversible. D’ici un an, l’ORL va lui retirer ses T-tubes avec tous les risques séquellaires que l’on connaît sur le tympan. On connaît son audition aujourd’hui, celle de demain est un point d’interrogation. Notre chance? Car je veux toujours garder cette vision, il a sauté une classe et donc apprend cette année à lire, les phonèmes avec une audition que l’on connait. Il est vif d’esprit, rapide, concentré, ce que lui donne plus de chance à surmonter cette difficulté. Il s’accroche pour qu’on ne lui reproche pas son passage anticipé en CP. Car oui pour ce petit bonhomme il est aussi question de se savoir à sa place. Il a tellement lutté pour faire entendre son besoin d’apprentissage.

pluie enfant solitude

De retour de l’orthophoniste, je lui ai redit qu’il ne faut rien lâcher. Rien n’est impossible. Que ses oreilles font les coquines mais qu’il est plus malin qu’elles. Aujourd’hui, je lui ai redit que tout ceci n’est qu’une étape, qu’un autre combat pour mon Chevalier et qu’il en ressortira vainqueur tant qu’il se bat et avance.

Puis je suis retournée au travail, sans basket pour me défouler, sans chocolat à engloutir pour me câliner le coeur. J’ai mis mes écouteurs, j’ai fait hurler ma musique, à en faire saigner mes tympans, pour ne plus entendre, pour ne plus réfléchir. Quelle bêtise que de se faire mal aux oreilles alors que je pleurs à cause d’elles depuis tellement d’années!

Ainsi va le chagrin d’une Mamá.

 

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6 comments on “Maman chagrin …”

  1. Ma chère amie,
    tu es une battante, tu ne baisses jamais les bras, et je suis sûre que ton Zébulon a hérité de ta ténacité … tu as raison de lui dire de ne rien lâcher !
    Je vous embrasse tous les 4 bien fort !

  2. Beaucoup de soucis pour une Mummy, beaucoup de difficultés pour ces petits choux… Mais ils sont tellement plus forts qu’on ne l’imagine, et même sans doute que nous ! Ils nous surprennent chaque jour !
    Courage, à tous !

  3. Ton article m’a touché. Tu es une super maman.
    Et j’ai des séquelles auditives à cause d’otites séreuses.
    J’en souffre plus adulte que je n’en ai souffert enfant. Mais il n’empêche que je comprends ce que tu ressens. Courage, ne lâche rien ! <3

    • Merci à toi pour ton doux message. Peux tu me dire en quoi tu en souffres plus en étant adulte? Les séquelles évoluent en grandissant? Besitos

  4. En retard, comme souvent, pour lire mes mails. Malgré tout, je suis de tout cœur avec toi et ta famille. Je pense souvent à vous 4, même si nous n’avons pas trop de nouvelles du papa. Bon courage à vous tous. Tu as des enfants super qui savent se sortir de leurs problèmes avec plus ou moins de bonheur. De gros bisous à tous (pas trop près des oreilles sensibles) MB2

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