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Je crois en la magie de Noël ! Je crois au plus profond de moi en l’esprit de Noël! Au delà de toutes considérations religieuses, je crois qu’il se passe en nous quelques chose de magique dans cette période. Cette excitation autour des décorations, des cadeaux .Tous nos sens sont mis en éveil avec les lumières qui scintillent, les biscuits à la cannelle qui répandent une douce odeur, la joie d’être entouré par les personnes qui nous sont chères … ou pas …

A chaque période des fêtes planent également un malaise, une sensation du temps qui passe, des êtres qui nous manquent .. toutes ces chaises vides … Ces chaises vident sont bien souvent involontaires, le temps qui nous avalent mais parfois c’est un choix, une direction que l’on prend. Lors des diners de fêtes, il n’est pas rare que des disputes éclatent, des sujets indélicats surgissent et des secrets de familles explosent. On se dit tous « on ne parle pas politique et on ne parle pas de lui… ». Mais qui « lui »? Ce géniteur absent physiquement et détestablement présent dans nos pensées. Pendant des années, chacun s’est efforcé à ne pas en parler ce jour là, de peur de me faire pleurer? Et je les en remercie …. Chacun s’efforçait de me faire plaisir avec un cadeau délicatement choisi, avec un moment à jouer avec moi …merci encore … Grace à eux, cette magie de Noël a perduré, elle scintille encore dans mes yeux !

Il y a 2 ans quand l’on m’a appelé pour me dire que l’on avait retrouvé mon père (cf: billet sur Mes géniteurs) c’était quasiment à cette période. La peur de le rencontrer et de bouleverser ma famille faisait que je ne voulais pas le rencontrer au moment des fêtes. Je ne voulais pas à devoir choisir entre lui et ma famille. Dans de nombreux films les « happy end » se déroulent à Noël ! Tous se retrouvent autour de la dinde et du sapin, tous sont heureux de se retrouver mais personne ne montre de rancoeur !! Douce utopie de penser que Noël nous fait oublier nos peines, nos déceptions et parfois nos haines !!

Comme à sa réputation d’égoïste, il a débarqué le 23 Décembre !!! Un coup de fil « je suis dans le bateau, j’arrive vers midi ! Tu viens me chercher ? J’ai hâte de te serrer fort … (bla bla bla …!). »Tornade, tempête tsunami, tremblement de terre !!! Qu’est ce qui m’arrive ? Panique à bord ! Ma fille est là, elle ne doit pas le voir! Je ne sais pas qui il est ! Tu parles 20 ans d’absence !! Je ne veux pas le voir, je ne veux pas TE voir, toi MON PERE … Est ce horrible de penser et ressentir cela?

J’appelle la nourrice pour lui demander de garder ma fille. Je ne veux qu’une chose:la protéger. Je ne veux pas qu’elle voit sa mère pleurer, paniquer. Car oui je suis en panique. Je ne veux pas qu’elle le voit. Je ne veux pas qu’il la touche, la serre dans ses bras et lui promette monts et merveilles! Et qu’il parte ou qu’il reste…

J’appelle mes oncles, mon mari ! Je ne veux pas y aller mais je dois y aller. J’arrive 1 heure avant le rdv fixé. Rdv dans un lieu public, pour me protéger, la foule, le bruit tout ça met une distance. Il ne m’atteindra peut être pas ou moins, il ne me brisera peut être pas. Le plus dur est que j’ai rêvé de cet instant pendant des années, pendant des Noëls!! Combien de fois je regardais les téléfilms des fêtes, ces belles histoires, ces bons sentiments. Combien de fois je pleurais en les voyant en ayant la certitude que la magie de Noël brillera pour moi ! Et me voilà quasiment à 30 ans, pétrifiée de peur derrière ma vitrine observant cet homme. Je vois un vieillard ravagé par la vie, la culpabilité et par l’alcool! Je l’ai reconnu comme une évidence comme si les années n’avaient pas marqué ce regard que j’espérais tant voir. Je le regarde chercher parmi la foule une jeune femme qui pourrait être sa fille!. Je le regarde et je veux partir. Voilà j’ai eu ce dont j’avais besoin. Le mythe du héros était tombé, maintenant je pouvais concevoir ma vie de femme. L’image de l’homme-héros s’était évaporée et c’était tant meiux. Je pourrai vivre avec moins de déceptions … J’appelle mon mari en pleurs « Que fais tu? Tu es où? Je veux partir! Je ne veux pas le voir!! Ne me force pas!! ». Me voilà prostrée comme une enfant derrière cette vitrine. Je veux que l’on me prenne dans les bras et qu’on me dise que je ne risque rien. Je pleure, pleure mais en silence, je suis adulte…

Mon mari arrive, mon héros … lui, va me protéger et me dire que l’on peut partir ! Au lieu de cela je l’écoute m’expliquer que c’est nécessaire pour mon équilibre, que je vais le regretter et qu’il sera là, tout auprès de moi. Je m’approche alors de cet homme, mince lui aussi me reconnait! C’est foutu je ne peux plus partir. Il me serre si fort que je manque d’air, ce souffle de vie que je préserve, il pleure et moi je reste froide. Je suis en mode survie, je suis impassible, je suis rigide. On va manger un bout car il a fait des centaines de km et je ne peux pas le remettre dans le train illico presto malgré mon envie. Il viole ma vie, il viole ma sécurité! Que fais tu là !!!! Je ne veux rien dire et lui, parle et parle encore et encore. Il me sort des cadeaux, qu’en faire? Que dire?

Notre entrevue est rapide, je prétexte un rdv l’après midi pour partir. Pour réflechir. Il reste ici 1 semaine. Que faire de lui? Je ne le veux pas chez moi, je ne veux pas qu’il s’assied sur cette chaise vide… Un hôtel au bout de ma rue fera bien l’affaire, je l’installe et lui dit « tu viens un moment ce soir et je te présente ma fille ». Pourquoi avoir fait cela? Je me pose encore la question! Certainement pour que ma fille sache qu’elle a un grand père et que je ne briserait pas ce lien. Vers 19h, ma fille rencontre « papi » mais avant de faire rentrer mon amour, je martèle mon père de précautions « ne pleure pas, ne la serre pas trop fort, ne lui promets rien! ». Magie de l’enfance ou pureté des sentiments, le contact s’est tout de suite établi. Elle a joué, rit et même aux éclats!! Je revois ce père, ce père jouer avec bonheur. Je reste en retrait comme un videur de boite pour veiller sur tout. Comme pour veiller à que tout le monde rentre chez soi après la distraction. Il me dit qu’il me voit à travers ma fille et qu’il remonte l’histoire. Je sors les crocs, les griffes, ma fille n’a rien à faire dans cette histoire. Je lui crie qu’il ne plus être un père mais un grand père.
La semaine se passe avec des entrevues de plus en plus prolongées, des récits, des confidences mais je reste sur la réserve, je reste en arrière et je me dis comment va se passer l’après. Tout au long de cette semaine, « ma » magie de Noël fut perturbée et je veille à chaque instant qu’il ne brise pas celle de ma fille. Mais heureusement il a su se comporter. Sur le quai de la gare, un aurevoir, un soulagement, une promesse de se revoir au printemps…

Nous voila 2 ans plus tard, le printemps est bien loin. Ou est la promesse faite à ma fille de revenir quand elle commencera le pot? Heureusement elle ne s’en souvient pas. Je ne lui parle pas de lui, je ne veux pas qu’elle vive dans l’attente. 2 ans plus tard, il ne joue pas son rôle de grand père. Je ne sais pas si je lui en ai vraiment donné la possibilité. Mais ne serait ce pas à lui de la faire? J’ai barré le chemin mais il y a des déviations! Il m’appelle maintenant pour me dire qu’il va se faire opérer, qu’il a besoin d’argent et qu’il pourra pas être là pour Noël s’il ne peut pas se soigner. Pourquoi ai je le sentiment d’être l’adulte? Lui donner de l’argent? Je ne sais pas? Charité chrétienne des fêtes? Et s’il utilisait cet argent pour de l’alcool? Et s’il mourrait parce que je ne lui donne pas cet argent car son état de santé est grave? Mais est ce la vérité? Pourrais je vivre avec cette culpabilité? Lui qui n’a pas été là quand j’étais malade, quand je passais mon bac, à mon mariage, quand j’avais besoin de lui.Pourquoi ai-je la sensation d’être coincée?
Pour Noël je crois bien que cette chaise vide, c’est moi qui l’aurait décidée. À moi d’assumer cette décision. À moi de vivre avec et de pouvoir l’expliquer plus tard à mes enfants. Et oui le 2 ème il ne le connait pas et je ne sais pas s’il le verra… Comment expliquer quelque chose que moi même je n’arrive pas à intégrer. Cette année cette chaise restera vide et je souhaite que la magie de Noël opère à nouveau. Non que je crois en un miracle, mais je souhaite sincèrement y trouver la paix, la paix en cette décision.

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13 comments on “La Chaise vide ….”

  1. Hello ma belle !
    Quel que soit ton choix, surtout, ne le regrette pas, parce que tu le fais par amour, par amour pour tes enfants, et que c’est tout ce qui compte …
    Je t’embrasse bien fort, et t’envoie plein d’étoiles qui font briller les yeux à Noël …

  2. Tu as une superbe capacité à nous transmettre tes émotions à travers tes billets, c’est fabuleux… Des questions, tu en auras toujours car tu essaie de faire au mieux pour tes enfants. Il ne faut pas t’oublier dans cette histoire car ton vécu et les choses qui t’ont blesser ne t’ont pas laisser indemne.Cette chaise vide, je ne suis pas sûre que ce soit toi qui l’a décide,peut-être que ton père l’a provoqué cette chaise vide, peut-être qu’il te sollicite et qu’il te renvoit un peu de culpabilité.ou peut-être qu’il a envie de vous voir, de construire une histoire ensemble.N’oublie pas qu’avant d’être une femme comblée et une super maman, tu as été une enfant blessée et meutrie en attente de beaucoup de choses qui ne sont pas venues…et ca tu ne pourras pas l’effacer jsute te préserver. il n’y a pas d’obligation à affronter le passé pour aller de l’avant juste prendre le temps de se sentir prête ou pas …des bises d’encouragement

  3. Cette nuit tu es mon livre de chevet. À l origine je cherchais des articles sur les pleurs et je me retrouve à lire ton histoire. Tu as une manière particulière et magnifique de décrire les sentiments. J ai hâte de lire la suite mais bébé vient enfin de s endormir, se sera pour plus tard. Merci

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