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30 ans à rechercher mon histoire, mon passé, ma ressemblance.

30 ans à fouiller dans les secrets de famille.

30 ans à avancer et bien trop souvent à reculer …

30 ans à m’endormir et à rêver d’une famille, d’un cocon, d’un ailleurs. J’étais bien là où j’étais, j’étais en sécurité et choyée mais je rêvais d’une autre destinéee. L’herbe est plus verte ailleurs? « Qu’aurait été ma vie si elle m’avais gardée? Qu’aurait été mon adolescence s’ils avaient été auprès e moi? Pourquoi moi? Pourquoi pas eux les autres de la fratrie?

30 ans de questions.

30 ans de vie basée sur « je suis une enfant abandonnée ». Devoir sans cesse se justifier de n’avoir pas de livret de famille, de ne pas connaître des noms, de ne pas connaître leur passé médical … le patrimoine génétique … C’était ma fêlure mais aussi ma force. Ma particularité, ma différence. Plus jeune, je m’en suis certainement servie comme explication à tout et à rien. Explication à un mal-être adolescent. Se construire sur un château de carte bancal. Ne plus rien avaler pour disparaître. Etre plus fine et transparente pour ne plus exister. Penser à la mort, penser à ne plus avoir mal … alors que cet abandon était déjà une petite mort … Mais en même temps avoir une telle soif de vie, de revanche. Vouloir hurler à pleins poumons que je suis là, que je suis digne d’être aimée. Adolescente, j’ai maigri de trop, mon corps se mettait en alerte. Adolescente, j’ai été anorexique.
La menace de l’hospitalisation a eu l’effet d’un électrochoc. Non, ce passé que je ne comprends pas, ne m’engloutira pas. Je vais rebondir. Cet appel au secours n’a pas été compris par mon entourage. Devenir femme et prendre une apparence qui pourrait être la sienne. Comment s’aimer quand on a été rejetée, quand on a été abandonnée par ceux qui devraient être nos piliers? Pourquoi ne pas m’avoir fait voir un professionnel qui aurait pu me guider, à qui j’aurai pu parler? Cela ne se faisait pas, le qu’en dira-t-on … Taire au monde, que l’on ne maîtrise pas tout. Je me plonge alors dans le dessin et l’écriture. A eux je leur raconte. Mes visages griffonnés n’ont qu’un oeil, qu’une moitié de visage …

Ce chemin, je l’ai fait sans accompagnement. Alors je suis tombée, je me suis entravé les pieds et le coeur. Je me suis révoltée de tout et de rien.J’ai crié sur ce qu’il ne fallait pas. Je ne savais pas faire autrement. Je ne savais pas vivre autrement. Je ne savais pas comment exister sans peur et révolte de ne pas me sentir aimée et en sécurité affective. Problématique de l’adolescence. réalité de mon histoire. Un combo dévastateur !

30 ans à mettre bout à bout des prénoms, des lieux, des dates. Chronologie de mon histoire avec de gros points d’interrogations.

Et maintenant? Qu’est-ce-que je dois rechercher? Qui dois-je retrouver? Personne … J’ai un nom sur chaque visage. Une date pour chaque événement et les erreurs de l’histoire ne peuvent être réparées, les mystères et les non-dits se tairont à jamais.

A quoi puis-je penser le soir en m’endormant? Plus de rêve possible pour imaginer une autre vie, une autre mère, un autre père. Plus de « Et si? ». La réalité est là, froide, sans fioritures, brutale. Le père et la mère imaginaires ont laissé place à un homme et une femme bien réels,  banalement vrais dans leurs histoires et leurs démons.

30 ans à chercher pour les retrouver.

30 ans pour me retrouver moi finalement. Je suis là, toutes mes cases vides sont remplie. Maintenant je dois apprendre à vivre avec cette réalité. Je dois apprendre à vivre avec moi, cette femme posée dans son histoire, cette femme en sécurité affective grâce à sa Casa. Je suis allée chercher cette enfant pour la réconcilier avec cette adulte que je suis.

Finalement « l’après » de toutes ces recherches n’est pas si simple. Passer 30 ans à rechercher la banalité d’une histoire et se sentir bien désarçonnée face à tout ceci.

« L’après », je m’y atèle. « l’après », j’apprends à le gérer au quotidien. j’apprends à ne plus chercher, à ne plus dévisager toute personne portant le même prénom de ma liste. Des routines qui faisaient partie de moi. Se désintoxiquer de certains réflexes et se l’avouer … ressentir un manque …

J’ai un père, j’ai une mère, des frères et soeurs, quoi de plus banal finalement?Le chemin que je vais entreprendre avec eux n’est finalement qu’une histoire humaine avec ses joies et désillusions, propre à chaque famille.

30 ans pour ne plus chercher. 30 ans pour maintenant vivre et lâcher prise ….

 

Rendez-vous sur Hellocoton !Mamá Chronique

8 comments on “Je recherche qui maintenant?”

  1. Je suis en pleine recherche du « pourquoi » mon père m’a rejetée, abandonnée….
    Je suis accompagnée dans ma recherche, moi, je vois une psy et elle m’accompagne dans mon histoire généalogique. Une vraie résurrection, des révélations…..

    Je ne commente que trop peu mais je te lis et te suis sur instagram.

    Je suis avec toi, vraiment.

    <3

  2. Ah la la très touchant votre article.
    Mon travail de thérapeute en Biogénéalogie (www.marioncoachparental.com) ne peut que vous proposer d’aller y faire un tour ne serait-ce que pour en comprendre le SENS et non les POURQUOI. Car comme vous dîtes « et maintenant ? je fais quoi avec tout ça ? »
    Mais vous avez pu découvrir la force de vie qui est en vous, cette force de vie qui tient de votre génitrice et l’amour que vous avez reçu de celle qui a eu pour fonction d’être votre Maman.
    En effet, vous décrivez parfaitement ce que ressente les enfants qui ont été abandonné et qui construisent leurs rêves d’enfant sur un « ailleurs » sur un imaginaire « et si j’étais avec ma « mère »…d’où cette irrépressible sentiment que l’herbe est toujours plus verte ailleurs. D’où certainement aussi la difficulté de réaliser concrètement vos projets de peur d’être désillusionnée…
    Tout cela est normal, c’est une construction saine et normale.
    A présent, le futur est devant VOUS.
    Le Meilleur est à venir vous verrez !

  3. C’est très touchant ! ca fait même mal de lire tout cela ,c’est triste…mais tu es forte tu es une maman géniale je te suit sur Facebook je ne commente pas souvent ..mais te lis chaque jours…Soit forte ! plein de courage et de douce pensées..dans se monde de brut !

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