J’ai recherché de longues heures mes origines. Me mettant parfois dans la peau du chasseur qui guette désespérément le Yeti dans les hautes montagnes enneigées. Traquer le moindre indice pour savoir où ma mère, mon père pouvaient être. En recherche perpétuelle pour obtenir des réponses, pour pouvoir enfin m’ancrer dans ma vie, dans la vie que je construis.

Un chemin sinueux, escarpé. Je suis arrivée au bout de cette quête, essoufflée, esquintée par endroit mais fière d’être parvenue au bout. Plus grandie. J’ai pu enfin dessiner l’arbre de mes origines, mettre des visages sur un nom de naissance … papiers officiels qui faisant d’eux mes géniteurs. Cette quête n’a pas guerri toutes les blessures, je ne suis pas certaines que l’on guérisse vraiment d’un abandon. On apprend à vivre avec, à ne plus regarder derrière soi. Ne plus chercher dans les visages du quotidien, une quelconque ressemblance, ne plus vivre avec des « et si c’était elle, et si c’était lui? ».

Une recherche qui m’a située dans une fratrie, 2ème enfant de 6 enfants de ma mère et 1er enfant d’une fratrie de 2 du côté de mon père. Ce besoin de les retrouver aussi, car dans eux, il y a des bouts de nous, de moi. Nous sommes frère soeur. Des rencontres qui se sont faites pour certains, pour d’autres des rdv manqués et même aussi refusés. Avoir le même sang ne crée en rien un lien. Avoir le m^me sans ne fait pas la famille. Pas de souvenirs communs, rien qui nous rattache hormis un secret sur mon existence, un mensonge qui se consume. Chacun est reparti à sa vie. Nous connaissons tous notre existence, rien nous ne oblige à nous voir … nous savons juste qu’il y a des bouts de nous quelque part. Nous avons vécu les uns sans les autres jusqu’à présent, rien de change finalement. Pour moi, c’est faire le deuil d’une fratrie.

L’arbre de mes origines était enfin dessiné, chacun avait sa place, chacun s’inscrivant dans une lignée familiale bien que bancale. Plus de secret de famille. Cela était sans compter sur cette nature humaine qui recommence inlassablement un schéma même si ce dernier était un échec et destructeur. Recommencer encore et encore. Il y a quelques jours, j’ai appris que mon père a eu 2 autres filles après moi. 2 autres enfants laissés une fois de plus sur le côté. Acharnement du sort qui veut que mon père n’a pu prendre ses responsabilités, selon lui. Deux autres enfants ne connaissant pas leur père, 2 autres enfants avec leurs questionnements, avec un arbre généalogique avec des cases manquantes. Combien de parcours de vie passés au silence, combien sommes nous réellement?

Je ne sais pas réellement et je ne sais pas si je veux vraiment le savoir. Je suis la seule déclarée donc la seule de cet homme. Oui être un enfant reconnu c’est aussi avoir un devoir face à ses géniteurs. Être redevable de leurs dettes et porter assistance pour leurs vieux jours, devoir payer des funérailles. Pour s’en soustraire? Devoir faire appel à la justice, devoir prouver un abandon et se libérer judiciairement de cette obligation. Mais qu’en est il de l’obligation morale? Jusqu’où suis-je prête à aller pour aider un homme ou une femme qui m’ont abandonnée? Refuser de faire un « devoir » d’enfant et pouvoir continuer à me regarder dans le miroir? Je me la suis posée cette question, je n’en ai pas encore la réponse. Je dois être en accord avec moi et faire face le cas échéant aux jugements. Il y aura toujours des jugements quelque soit la décision. Chacun arrivant avec son affect sur une relation mère fille / père fille.

Voilà j’ai 4 demi-soeurs, 4 demi-frères, ici et ailleurs. Je ne connais pas tous les prénoms, les visages sont pour la plupart des inconnus, leurs vies loin de moi, loin de ma Casa. Aujourd’hui, je ne veux plus chercher. Je suis lasse, plus j’avance et plus les secrets de famille se posent comme des couvercles.

Combien sommes-nous réellement? Est-ce que cela a vraiment une importance?

Peu importe pour le moment …

… jusqu’à ma prochaine recherche … car on ne se refait pas ….

banc et vue sur le canal du parc de Miribel Jonage

 

 

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3 comments on “Frère soeur, combien sommes nous?”

  1. Si je ne me trompe pas, tu feras certainement d’autres recherches, mais pas forcément aussitôt. Surtout, laisse toi du temps pour souffler entre chaque découverte.
    As-tu encore des liens avec la sœur qui avait accepté de te rencontrer ?
    Je te souhaite bon courage. Compte sur la famille que tu as fondé, les autres laisse-les vivre. Gros bisous MB2

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