Il y a maintenant 3 ans, j’ai reçu un appel. Un appel qui a mis fin à mon enfance. On t’avait retrouvé, toi mon père…
Il y a 3 ans, je pensais à un nouveau départ mais je ne savais pas à quel point.

J’étais persuadée que t’avoir à mes côtés serait primordial pour ma construction. Indispensable dans mon apprentissage de mère. Comme si la présence d’un parent m’aiderait à avancer, m’aiderait à ne pas avoir peur …

Voilà bientôt 10 mois que je refuse d’avoir de tes nouvelles. Tu as essayé pour mon anniversaire mais j’ai gardé la porte fermée (enfin mon ordinateur). Cette date pourrait être une date anniversaire de nos retrouvailles … Je dirai plus que cette date est l’anniversaire de ma libération.

Le jour où je t’ai retrouvé, ce fut comme un grand plongeon dans l’âge adulte. Projetée sans bouée face à la désillusion, lâcheté humaine et la maladie psychiatrique. Maladie qui m’a déjà tellement laissée de souvenirs lors de mes nombreuses visites quand tu étais interné. Images d’enfance. Images d’un homme hagard, qui pleure sans cesse car tout est de ma faute. Moi qui n’avait que 7 ans. Moi qui ne te donnait pas l’amour que tu méritais. Moi qui était une mauvaise fille …. Moi qui ait cru tellement d’année. Des années de culpabilité dans mon coeur d’enfant !

Par cette démarche, je me suis offert un début de paix intérieure. Oui j’ai mis un point final et toutes ces interrogations. À tous ces « et si …. ». J’ai soulevé de nombreux secrets de famille, j’ai bousculé un équilibre familial mais j’ai avancé. Pour une fois, je n’étais pas en attente, attente que tu veuilles bien me voir, me retrouver, m’aimer.

J’ai été alors actrice. Maîtrise de mon destin et contrôle de ton emprise dans ma vie. 3 ans plus tard je me dis que le chemin parcouru est si différent de mes rêves, illusions mais au final il me ressemble. Je me protège et je protège les miens.

J’ai demandé de tes nouvelles à tes frères …. Et j’apprends, surprise, que tu ne donnes plus de nouvelles. Tu as rompu les ponts, tu es parti à nouveau. Dois-je m’en sentir responsable? Non.

Voilà ce qui a changé en 3 ans.
Cet hiver, je ne regarderai pas dans la rue les sdf en te cherchant. Cet hiver, je n’écouterai pas les infos en me disant que la vague de froid peut t’emporter. Oui, je sais que tu es sans emploi, que ta vie se fait dans les foyers mais cet hiver je ne vais pas pleurer. Enfin je l’espère.

Ta vie t’appartient. Je ne peux et ne veux rien faire. Je vis avec ceci mais c’est un choix que j’ai pris comme une adulte. Je suis femme, mère et ce chemin sinueux je l’ai enfin décidé et je l’assume.

Un choix égoïste, oui. Un choix de protection. Tant d’année pour ne pas perdre pieds. Tant de peurs surmontées pour avancer. Tant de force pour te repousser.

Il y a 3 ans, j’imaginais le chemin à parcourir. Je pensais que ce serait à tes côtés. Mais en fait non. Tes petits enfants ne savent rien de toi et la notion de grand père est inexistante. Ta petite fille se pose des questions sur liens familiaux. Je suis prête maintenant à lui répondre sans rougir de ton absence. Ce chemin parcouru est telle un escargot: un chemin long, laborieux mais en tout cas j’avance.

Bon anniversaire de liberté !

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14 comments on “Ce chemin parcouru …”

  1. Tes mots sont si touchants… Et NON, ce n’est pas égoïste, bien au contraire, tu penses à tes enfants, à leur protection !
    Les personnes en mal-être qui nous mettent tout sur le dos finissent par nous entraîner au fond avec eux, et ensuite, parfois, se réjouissent même de nous voir au plus bas… J’ai vécu ça avec un membre de ma famille aussi, et je ne me suis jamais sentie aussi légère que depuis que j’ai prit la décision de couper les ponts (c’était à noël dernier d’ailleurs), ils essayent de revenir un beau jour, tout mimi, et puis ça recommencera, car les gens peuvent évoluer, mais ne changent jamais…

    Alors Bel Anniversaire de liberté à toi, penses à toi et aux tiens, soit heureuse (je sais c’est plus facile à dire qu’à faire) et tout mon soutien <3

    Mieux vaut être entourée de peu de gens qui vous aiment, plutôt que d'une horde de soucis.

    Des Bisous !!!

  2. Il n’y a rien d’égoiste à vouloir avancer et protéger les siens. Chacun fait ses choix même s’il est beaucoup facile de blâmer les autres quand ces choix sont mauvais. bonne libération et avances dans ta vie 🙂

  3. Mon histoire avec mes parents est bien moins dramatique que la tienne mais compliquée aussi. Décider de couper les ponts c’est douloureux et difficile, je l’ai fait aussi il y a deux ans, le temps d’aller mieux et de pouvoir affronter sans être détruite. Je ne crois pas que ce soit égoïste. La famille qui compte avant tout, c’est celle que tu t’es construite et qui a besoin de toi, dans la meilleure forme qui soit. Je crois aussi que l’on sait au fond de soi quand on a pris la bonne décision, celle qui nous libère justement.

  4. Que te dire! Que je suis émue par tes écris déjà. On se voit tous les jours mais en fait on ne se connait pas. J’ai lu ton blog et j’ai découvert que je me retrouvais dans tes écris. Tu me touches et tu fais mouche.
    Aller de l’avant n’est pas évident mais tu as fait le bon choix. On ne choisit pas sa famille sauf celle que l’on fonde et c’est celle là la plus importante. N’ai pas peur! Tu as fait le plus difficile. Regarde devant toi avec tes enfants et ton homme. La route est belle quand on est bien accompagné.
    Gros bisous et à lundi

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