Je ne suis pas une personne sereine intérieurement. Toujours en manque de confiance en moi, je recherche tout le temps des repères, des marqueurs de sécurité. Toujours baliser mon chemin, tout organiser, classer, ranger … un excès de contrôle pour maintenir cette peur intérieure, cette petite mort. Le travail sur moi que j’entreprends depuis des années m’a mis face à mon abandon, face à cette peur d’être à nouveau abandonnée, de ne pas être aimée, d’être délaissée.

Longtemps j’ai regardé le ChefChronique avec cette boule au ventre, qu’il parte sans un mot. Comme eux. Prétextant m’aimer mais partir tout de même. Cette boule tétanisant mon cœur, ne me laissant pas de repos. Tout gérer pour ne lui fournir aucune raison de partir. Croyant que cet abandon était de ma faute. Etrange de pensez que du haut de mes 7 mois, je pouvais être responsable. Je me disais que ce bébé pas très beau, pleurnichant ne devait pas savoir se faire aimer. Cette peur créait une sorte d’admiration envers le ChefChronique. C’est extraordinaire qu’il reste avec moi !! Il tient malgré mon fichu caractère, malgré mes défauts ! C’est trop beau pour être vrai. Il m’a fallu un long chemin, des prises de conscience pour reconnaître que je n’étais en rien responsable de mon abandon, mais aussi que le ChefChronique avait aussi de la chance de m’avoir. Il m’avait choisi car je lui apportais bonheur et amour. Nous avons une chance mutuelle d’être unis.

Cette peur de l’abandon m’a étonnamment frappée avec mes enfants. Qu’il est déroutant de regarder son enfant et de ressentir cette peur viscérale que lui aussi se détourne de vous. Que son amour n’est pas sûr, douter de la force de l’amour qu’un enfant peut porter à sa mère. Echo frappant à mon histoire. Ironie du sort, moi qui est tant rêvée de cette relation, je n’en connais aucun code. Impossible d’être sécurisée. Chaque jour je veille à que mes petits grandisse avec la certitude et la confiance en mon amour. Que jamais il ne doute de cet Amour inconditionnel, de cette force de vie que je leur transmets, cette force de faire leurs choix avec mon soutien total, le choix d’être libres et eux-mêmes. Grandir avec insouciance. Ne pas se douter de l’amour qui leur ait porté, de leur place dans la famille. Ils sont bien enracinés.

Malgré ce long chemin, mes racines sont encore fragiles. Je les connais enfin, elles s’entremêlent, font des nœuds parfois si serrés qu’il est impossible de connaître la vérité. Le temps fera son travail …

J’avance dans ma vie de femme et de mère avec cette boule au ventre, une boule de colère. Colère de ne pas parvenir à pardonner réellement malgré ce que j’ai pu penser. Je ne sais pas si ce pardon est possible mais je ressens qu’il me serait salutaire. Mais je ne sais pas comment faire. Je n’ai pas trouvé encore. Je suis colère de me sentir si peu sécurisée alors que j’ai tout pour. Je suis en colère  de ne pouvoir totalement lâcher prise, ne plus être en veille, au cas où on m’abandonne. Je suis en colère de vouloir un contrôle sur les événements, peur de perdre pied à chaque virage de ma vie dont le chemin est encore incertain, je suis en colère contre moi, de mon manque de patience quand je ne contrôle plus, je suis en colère d’être une personne peureuse, peur de l’inconnu, un nouveau lieu, une nouvelle activité … Colère de m’entendre répéter des mots durs de mon enfance à mes gones. Sentir les mots me brûler, m’excuser immédiatement, sentir cette culpabilité m’envahir, sentir le regard bienveillant du ChefChronique qui me demande comment je vais, tellement il ressent le combat intérieur que je mène. Je combats des démons, qui sont les miens, pour ne plus être à leur merci

Je suis colère d’être en colère et je veux que cela cesse. Je ressens ce besoin de changer ce sentiment intérieur qui entrave mon bonheur, mon bien-être intérieur, ma santé. Et aussi mon entourage qui paie de plein fouet mes colères. J’explose en 2s, avec une envie de tout faire voler, tout exploser, tout envoyer balader avec une telle violence!!! Une violence qui n’est que plus forte car elle est consciente. Je me vois être en colère, je ressens cette brûlure intérieure qui me consume, et cette extrême peine face à mon comportement. Je contiens tant bien que mal, le ChefChronique me dit que j’ai déjà fait tellement de chemin face à cette colère. Les larmes de fureur ont cessé d’exploser.

Mais il est temps que j’avance encore, pour moi, pour eux. Je reconnais à présent les signaux quand ce vide se consume en moi, que la douleur frappe mon cœur, et surgit en colère, Tel un dragon. Je veux le dompter, je veux dompter ma colère. Pour cela j’ai pris un bracelet que j’affectionne. A chaque fois que je ressens la colère monter je change le bracelet de poignet, faisant rouler les perles sous mes doigts comme un mala. Mon mantra à moi. Garde fou qui doit me rappeler que cette colère me brûle, chaque perle devant me rappeler la sécurité intérieure que j’ai construit, m’obligeant à réfléchir à la finalité et l’origine de ma colère. Une perle pour respirer, ne plus sentir la poitrine s’écraser de douleur, suffoquer, sourire et me faire confiance.

24 août 2017, jour 1.

Quelques jours à le porter, le frotter telle une lampe d’un génie. Répétant mon souhait, mon vœux. Faire cesser cette colère. Je me sens plus forte, effet illusoire? Effet placebo? Peut importe je suis en chemin. Jour 6, le bracelet tombe, je ne rends pas compte ou en tout cas pas sur le moment. Il est perdu. Le manque est apparu lorsque j’ai cherché son appui lors d’une discussion un peu houleuse avec les gones. Je l’ai cherché avec agacement et peine. Comment vais-je avancer sans lui? Pourquoi maintenant? Incapable de faire sans lui, c’était trop tôt !!!

Pendant quelques jours, j’ai fait sans lui, me sentant comme mise à nue sans moyen de me cacher. J’ai pris conseils auprès de Jennifer, une amie. Elle m’a commandé un nouveau bracelet, pour m’accompagner dans mes besoins. Besoin d’ancrage, de sécurité.

14 novembre 2017, il est toujours à mon poignet. Parfois je l’oublie sur ma commode comme un « tu peux y arriver! ». Mon regard n’est jamais très loin de lui. Parfois, je laisse tout en plan, juste pour monter le récupérer comme une bulle d’oxygène, juste pour reprendre mon souffle. La colère est toujours là, mais je ressens que je suis capable de mieux gérer ce dragon prêt à cracher son feu et tout brûler sur son passage, tout détruire. Je veille sur lui pour ne pas qu’il me consume, essayant d’être un peu plus indulgente envers moi, demandant pardon à ceux qui en subisse les foudres. La prochaine étape, me pardonner …

 

 

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