Zebulon et l’école, une histoire d’amour, de désamour. Un mélange d’espoir, de désillusion, de colère, de rejet, de mal-être. Zebulon, 2ème de la fratrie voyait sa sœur partir tous les jours dans ce grand bâtiment, rempli d’enfants, dans un but commun (selon lui) de grandir et d’apprendre. Rentrer à l’école sonnait comme un passage initiatique vers un savoir, la réponse à toutes les questions qui pouvaient tourbillonner dans sa tête. Il était intimement convaincu que chaque enfant allait à l’école dans cet optique là.

Très vite, les premiers jours d’écoles l’ont plongé dans un brouhaha insupportable. 33 camarades de 3 ans dans une salle mal insonorisée, 33 enfants qui expriment joie, excitation, colère et parfois tristesse. Un fracas qui blesse ses oreilles jusqu’à ne plus le supporter. Direction immédiat auprès de l’ORL, retrait de la cantine le midi pour lui assurer un break sonore, petit coton dans les oreilles pour atténuer les bruits … mais pas à mot à l’ORL. Effectivement ce petit tampon, n’était qu’un masque mais ne réglait en rien le fait qu’il fallait qu’il s’habitue au bruit. Bruit envahissant, terrifiant, handicapant. Le refus catégorique d’aller à l’école résonnait à la Casa. Ecole = bruit = douleur donc école= douleur —> fuir au plus vite. L’ORL a très vite cerné le problème: la mémoire de la douleur. Ce chemin nous a emmené jusque dans le salon d’une psychologue. Bien que la question du bruit était pris en charge et que Zebulon affrontait ses démons, le chemin de l’école n’était que souffrance, cris jusqu’à évoquer complètement une phobie scolaire. Il était impensable pour moi de voir en quelques mois ce petit garçon avec cette soif d’apprendre à l’école et ce même petit garçon me hurlant de ne pas l’abandonné dans ce même lieu. Comment on en était arrivé à ce tel désastre? Ce constat d’échec hurlait dans nos cœurs de parents et surtout le bien-être de notre enfant était en jeu. L’équipe enseignante voyait se mal-être, impossible de faire autrement quand un bonhomme de 3 ans hurle dans les couloirs de l’école qu’il ne veut pas y aller !!

Le suivi avec la psychologue a mis assez rapidement des interrogations quant à ennui de Zebulon à l’école. Il réclamait à qui pouvait l’entendre qu’il voulait aller chez les grands, apprendre. « Je suis extrêmement déçu par toi, car tu ne m’apprends rien! » lance-t-til a son enseignante de moyenne section au bout de 2 semaines d’école. Il espérait que cette 2ème année soit plus enrichissante pour lui, plus gourmande en apprentissage. « Pourquoi jouer à l’école, autant rester à la maison, si l’on ne m’apprend rien!!! ». Zebulon n’était plus au service de lui même, il voulait aller chez les grands, il voulait apprendre plus et cet apprentissage il ne le voulait que par le biais de l’école. Grandir à tout pris, grandir pour apprendre. Seule solution selon lui. Nous regardions notre enfant réclamer de l’école son droit d’apprendre. Pour s’apaiser, il réclamait des cahier de vacances de grande section. Travailler un peu selon ses mots avant de partir à l’école. Très vite la même insatisfaction revenait, exprimant que ce n’est pas avec nous qu’il veut apprendre mais avec l’école, avec un enseignant « c’est là que l’on doit m’apprendre de belles choses ! ». Le mal-être grandissait, jusqu’à être dans une posture de régression en classe, à être un tout petit qui fait ses besoins dans son slip, à ne plus s’intégrer dans un groupe, à s’opposer intellectuellement et physiquement. La psychologue et nous mêmes avons tiré la sonnette d’alarme, nous devions agir. La souffrance de notre enfant était insupportable, cette souffrance frappait aussi notre enfant et notre vie de famille. Stop nous n’en pouvions plus.

A la demande de notre enfant, soutenue par la psychologue et nous même, nous avons demandé la passage anticipé en classe supérieure. Nous sommes en octobre, Zebulon voulait aller en grande section. Une demande faite par un enfant, une demande exprimée clairement. Un enfant qui cachait ses savoirs car il n’était pas entendu « Mais Mama j’ai déjà montré que je savais faire et c’est pas pour autant que je vais chez les grands, alors cela ne sert à rien! ». Un enfant qui réclamait d’être entendu dans ses besoins. Le passage en grande section a été accepté en mars. 6 mois d’attente, de rdv psychologue scolaire, tests d’efficience, de réunion pédagogique. Faire confiance à la demande d’un enfant qui est certain de ses capacités mais qui ne les montre pas, sauf lors du test chez le neuro-psychologue. Il a vécu ses tests avec frénésie. Il a adoré faire bouillonner ses méninges, être au service de lui même. Qu’importe les résultats, qu’importe les chiffres, l’essentiel a été révélé, Zebulon était en capacité de vivre ce saut de classe sereinement de manière intellectuelle et émotionnelle. De le laisser dans ce statu quo le mettait en danger. Il a fallait maintenant attendre ….

Nous avons vu notre enfant s’illuminer lors de son passage en GS. Rentrer fièrement dans l’école, sans un cri, sans larme, juste un écolier. Il n’est pas là pour se faire ses copains, il n’est pas là pour jouer, il est là pour apprendre à lire, pour apprendre à écrire, pour apprendre. Il a grandi en quelques semaines, prouvant qu’il avait sa place en autonomie, en apprentissage. Le CP l’attendait avec les bras ouverts. Un CP de battant. Faire des coudes face aux plus grands de l’école, se retrouver si petit au milieu de cette cour. Mais qu’importe pour lui, cartable sur le dos il avance. Malgré ses difficultés d’audition, il s’accroche pour entrer dans la lecture. Ne rechignant pas sur les séances d’orthophonie, travaillant 2 fois plus, ne rien lâchant rien. Son enseignant salue sa détermination, son travail soigné, méthodique, sa soif d’apprendre, son humour …. Une année pleine de réussite. Une réussite dont lui seul était acteur. Il est allé la réclamer, la hurler et la gagner. Pas une seule fois, sa différence d’âge n’a été un souci, pas une seule fois ce passage anticipé n’a été source d’inquiétude pour son enseignant « Madame, votre fils est à sa place! ». Oui, notre Zebulon est enfin à sa place pour apprendre selon ses besoins. Nous avons eu peur, nous nous sommes beaucoup inquiétés, mais nous lui avons fait confiance. Nous étions là chaque soir, pour l’épauler à décoder les rapports avec les autres enfants, faire face aux codes qui ne sont pas les siens. Nous avons essuyé de l’incompréhension, des colères mais peu importe, il était là où il avait besoin d’être.

Alors quand j’attends me dire « ah ton fils a sauté une classe parce que c’est un génie c’est ça ! ». Je réponds que non, c’est juste un enfant malheureux à l’école car il n’apprenait pas assez, pas assez vite pour lui. Un enfant qui savait ce dont il avait besoin et qu’il avait conscience que ce passage anticipé, le séparait de son meilleur ami mais qu’importe. Un enfant juste qui avait besoin qu’on l’entende.
Bienheureux est Zebulon qui rentre en CE1 … et qui va savourer ses vacances (car l’école c’est bien mais les vacances encore mieux!!)

 

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2 comments on “Le passage anticipé en classe supérieure, la solution salvatrice pour notre enfant”

  1. quant à ceux qui te parlent de « saut de classe parce que génie », je pense que ta réponse, c’est pas la peine, ils ne sont pas mûrs ni aboutis pour l’entendre et la comprendre … beaucoup de peine en lisant l’histoire de ton fils, beaucoup de courage aussi … bises, bonnes vacances

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