Parlons de la douleur chez l’enfant et de la mémoire de la douleur

« La douleur est aussi puissant modificateur de la réalité que l’ivresse » Marcel Proust

La douleur notamment la douleur chez l’enfant est réelle, en plus de cette souffrance physique, une vraie détresse psychologique peut ressortir d’une expérience de douleur. Je ne suis pas médecin, je n’ai pas de compétences médicales mais je suis une Mamá qui voit régulièrement ses petits souffrir de douleurs ORL chroniques. Deux enfants, deux réactions totalement différentes face à une douleur similaire, face à un acte médical similaire. D’un côté le mutisme et un semblant de « gestion » du moment et de l’autre côté la révolte, la colère et l’angoisse. Une même douleur mais 2 êtres différents. Lors de la dernière visite ORL, l’examen clinique était normal pour Zebulon toutefois il continuait d’exprimer au docteur et à nous quotidiennement une douleur. Il nous criait « mais j’ai mal et j’entends pas bien!!! » De quoi s’agit-il? Comment après une disparition physique, la douleur s’inscrit? L’ORL nous parle alors de la mémoire de la douleur, du souvenir de la douleur .

La douleur est une expérience physique et émotionnelle qui peut devenir insupportable surtout si elle perdure. On parle alors de douleur chronique et les conséquences peuvent être graves, telles que l’anxiété, voire la dépression. Le système nerveux central se souvient d’expériences douloureuses lorsque surgit une nouvelle situations sensorielle. Cette douleur est en partie causée par l’empreinte mnésique. La trace mnésique de douleur présente dans le cerveau amplifie cette sensation.

Lorsque l’on soigne un enfant, il faut se rappeler de ce qu’il peut se rappeler. Un geste peut sembler mineur à un adulte, mais un enfant peut s’en souvenir comme de quelque chose de terrible. Une bonne préparation et une prise en charge de la douleur sont primordiales. Un accompagnement verbal, toute parole qui donne du sens à ce que vit l’enfant l’aide à atténuer le stress de la douleur. La douleur est mémorisée selon 2 dimensions: physique et contextuelle. Une douleur est reconnue quand on y a déjà été confrontée avec en plus une part émotionnelle.

Les enfants peuvent se rappeler longtemps des détails de gestes douloureux et stressants. Cependant des niveaux élevés de douleur ou de détresses influencent de manière négative la mémoire, qui à son tour, à un impact non négligeable sur les capacités à faire face aux douleurs futures. On connaît tous un adulte paniqué à la vue d’une aiguille, à l’odeur qui flotte chez le dentiste ou à la vue d’une blouse blanche. Cela peut prêter à sourire mais la gestion de la douleur chez l’enfant aura un impact sur sa gestion adulte face à la douleur.

Chez l’enfant, la mémoire d’évènements douloureux ou pénibles peut être affectée par de nombreuses différences individuelles comme l’âge, le tempérament, l’anxiété, la réponse à la douleur et les expériences antérieures. Ne comparons pas nos enfants! Ne pas lui dire de ne pas pleurer car « tu vois le petit garçon à côté lui ne pleure pas, il est sage lui et en plus il est plus petit!!!! » Prenons nos enfants avec leur individualité. Offrons leur un accompagnement rempli de bienveillance.

Il apparaît que ce n’est pas le nombre d’expériences de gestes médicaux en lui-même, mais bien la quantité accumulée de douleur qui a un effet important. Une douleur aigüe inscrit alors durablement dans la mémoire.

On ne peut pas affirmer que les enfants vont s’habituer à un geste douloureux répété. La plupart ne le feront pas. Pour certains c’est même pire à chaque fois. La probabilité d’une réaction phobique est probablement plus grande chez l’enfant plus jeune, où la douleur initiale est vécue comme plus sévère et est moins comprise par l’enfant. Combien dure la mémorisation de la douleur? Le souvenir de gestes invasifs stressants reste assez précis après un délai de 6 semaines à plusieurs années.

Les enfants douloureux font plus attentions aux mots se rapportant à la douleur et s’en souviennent mieux. La douleur rend le patient plus vigilant à la douleur. Les enfants qui présentent des douleurs répétées ont tendance à évaluer leurs expériences douloureuses d’une façon plus négative quand on leur demande de s’en souvenir plus tard, que lorsqu’ils évoquent leur douleur au moment où ils la vivent. Combien de fois, je suis surprise de leur courage. Je parle souvent d’eux comme étant ma Guerrière et mon Chevalier des monstres. Ils n’ont peur de rien et ils affrontent avec une telle force les évènements. Mais après, ils explosent. Saucisse voyant son frère avoir mal actuellement aux oreilles me racontent à quel point c’était insupportable, à quel point elle a souffert et qu’elle ne veut pas revivre cela. Elle me confie alors la peine qu’elle a pour son frère de vivre ça lui aussi. Cette même Guerrière qui me rassurait, qui réchauffait mon coeur de Mamá. Face à un enfant fort et courageux, ne jamais sous-estimer l’impact de la douleur, ne jamais se dire que le silence veut dire que « tout va bien ».

Nous parents, nous devons nous rappeler ce qu’ils vivent n’est pas mineur. Le personnel soignant doit prendre en compte la douleur physique et émotionnelle. Cela fait partie du processus de guérison. Il a fallu attendre plus de 15 jpours après notre dernière visite ORL pour que Zebulon me dise « Mamá je n’ai plus mal à mon oreille, elle est guérie … ». 15 jours durant lesquels nous lui avons fait verbaliser se qu’il ressentait. Nous ne parlions plus de sa douleur mais de ses émotions.

Aider la mémoire à oublier cette douleur

Ce billet est mêlé d’expériences personnelles mais aussi des travaux du Pr. Carl Von Baeyer sur la « Mémoire et douleur chez l’enfant ». Ce billet ne se veut aucunement portant une valeur médicale. Ce billet est pour sensibiliser les parents à l’accompagnement de leur enfant face à la douleur. Une simple prise de sang peut être vécue avec violence. Parlons au personnel soignant, parlons de la douleur, de la peur, de l’angoisse. écoutons les cris de nos petits!

Parlons de la douleur chez l'enfant

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4 Replies to “Parlons de la douleur chez l’enfant et de la mémoire de la douleur”

  1. Hello ma chère amie,
    tu as bien raison d’en parler, notre imagination étant parfois limitée, nous avons parfois du mal à comprendre ce que vivent nos enfants. Enfin, quand je dis imagination, je devrais plutôt dire empathie. Mes gremlins ont la chance d’avoir une bonne santé (pourvu que ça dure), mais je vois déjà que pour un simple vaccin, ils ne réagissent pas du tout pareil … Raphaël arrive à surmonter sa peur et ne ressens presque pas la piqure, tandis qu’Aélys commence à pleurer avant même que le docteur ne lui prenne le bras …
    Ceci étant dit, j’espère que les oreilles de ton Zébulon vont mieux !
    Gros bisous !

  2. Merci de m’avoir envoyé ton nouveau lien. Je me demandais comment pouvoir lire tes billets.
    Je trouve cet article sur la douleur des enfants très impressionnante de vérité. Bien sûr, je suis trop âgée pour me souvenir de mes douleurs d’enfants (j’ai 64 ans bientôt) Par contre, je souffre depuis quelques années et je sais que je suis contente quand je peux rester plusieurs jours sans avoir mal, mais c’est rare.
    Mes enfants n’ont pas trop souffert surtout pour les vaccins ou piqûres qu’ils ont pu avoir. J’ai toujours essayé d’être avec eux et de les soutenir, mais ce n’est pas toujours facile.
    Je t’envoie tous mes voeux pour 2015 et surtout moins de douleurs pour tes enfants et une meilleure santé pour tout le monde, bisous MB2

    1. Merci beaucoup et je suis heureuse de te retrouver à la Casa. Bises

  3. […] Lundi, un jour comme un autre, un début de semaine comme les autres … mise à part que nous sommes là tous les 4, assis sur le canapé de la psychologue. Tous les 4 face … à elle mais au final à nous-mêmes. 2h à nous raconter, 2h à entendre notre petit sortir son mal. 2h de mots qui font échos en nous, qui résonnent dans notre être. Zebulon était en demande de cet échange. Une fois la confiance installée, Zebulon a pu verbaliser ce qui le rongeait, ce qui le paralysait. Sous le « je déteste l’école, ça me casse les oreilles tout ce bruit ! », il y a avait la peur du bruit. Physiquement ses oreilles vont bien mais son coeur a peur « j’ai peur du bruit, j’ai peur d’avoir mal, j’ai tellement eu mal ! ». Voilà les mots sont posés. Nous sommes là, assis à regarder notre petit fondre en larmes et criant sa peur, sa peur d’avoir mal. Nous sommes en plein dans la mémoire de la douleur. Je vous en avais parlé dans ce billet Parlons de la douleur chez l’enfant, de la mémoire de la douleur. […]

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