Nous sommes là, avec le ChefChronique assis sur ce divan, confortablement installés. Tout est idéal pour se sentir bien mais nous sommes ballottés, malmenés en écoutant Zebulon. Il évoque ce que son cœur ressent, il exprime ses tracas d’écolier, le harcèlement scolaire et sa difficulté d’être avec l’autre. Chronique d’une séance chez la psychologue.

Depuis tout petit, nous avions cette sensation que Zebulon vivait toujours au côté du groupe, en spectateur. Tentant vainement de comprendre les codes. Des tentatives vouées à l’échec tellement il n’en avait pas le mode d’emploi. Cela se terminait à chaque fois par des cris, des pleurs. Sa sœur, quant à elle, évolue en société tel un poisson dans l’eau. Tout est fluide pour elle, l’autre ne lui fait pas peur, elle se fait des amis en 2 minutes, elle vit au cœur du groupe avec aisance. Même si je n’aime pas comparer mes enfants, cette différence entre eux était frappante et déstabilisante pour nous. Comment se fait-il que ce petit bonhomme remplit de malice, de joie de vivre ne s’intègre pas, n’ait pas de copain de classe? Comment se fait-il qu’il bute dès lors qu’il faut communiquer avec ses pairs, qu’il faut partager un jeu?

Pendant longtemps, nous avions mis ce constat sur une certaine timidité, sur son problème auditif. Oui cela pouvait expliquer en partie mais pas totalement et Zebulon nous a ouvert les yeux.

Nous étions là, à l’écouter expliquer à quel point cela lui est difficile de jouer avec ses copains.

« Ne n’aime pas leurs jeux, je n’aime pas les jeux de bagarre, je n’aime pas les super héros, je n’aime pas le foot. On ne se comprend pas, je suis différent ».

Nous touchions alors du doigt la difficulté, Zebulon a toujours ce sentiment de différence, de ne pas vivre les mêmes envies, les mêmes sentiments. (Je vous en parlais déjà dans ce billet)

« On se dispute toujours car je dois toujours aimer jouer à leurs jeux sinon je suis tout seul. Je déteste être tout seul, être rejeté. Cela me fait trop mal à mon cœur, cela me met tellement en colère. Je dois faire comme eux si je ne veux pas être seul car eux ils n’aiment pas ce qui me plaît. C’est peut être parce que je suis le plus petit de la classe? ».

Une longue discussion s’installe alors entre lui et la psychologue. Nous sommes là à essayer de comprendre notre enfant à travers ses mots. Les colères répétées de ces derniers temps à la Casa trouvent alors leur écho. Cette colère face à un sentiment d’insécurité à l’école suite aux agissements de son harceleur. Ce sentiment de devoir être un autre à l’école pour ne pas être seul. Cette toute petite estime de lui même en ne se trouvant pas à la hauteur.

Pourquoi devoir être un autre pour s’intégrer ? Pourquoi ne peut-il pas être lui même? De quoi parle–t-on réellement?

On parle de ces enfants précoces, de ces enfants hypersensibles, de ces enfants « différents » qui créent un faux self. De ces 2 enfants pour le prix d’un comme m’avait évoqué le neuro-psychologue. Expression tellement juste qui a mis une image sur ce que je ressentais auprès de mon petit. Cet enfant performant, remplit d’humour, qui tilte à toute vitesse, et cet enfant rempli de colère qui explose tellement les sentiments sont incontrôlables, que le monde qui l’entoure est difficile à déchiffrer ou au contraire tellement lucide. Cet enfant ultra concentré et gourmand de connaissances sur le banc de l’école, un enfant calme quand il est au service de lui-même et qui explose une fois en dehors de l’école. Cet enfant même qui une fois à la maison, redevient un tout petit, cache ses savoirs et acquis. Ne rien nous montrer. Nous apprenons par son enseignant l’étendue de son savoir, par l’orthophoniste son avancée en lecture alors que nous luttons à chaque devoir, inquiète parce qu’il ne sait pas répondre. Cet enfant qui cloisonne sa vie de famille où il s’autorise d’être un petit et sa vie de l’école où il est grand. Cet enfant qui essaie d’être un autre pour s’intégrer à l’école et rentre de colère de ne pouvoir être lui-même.

Le faux self permet de s’adapter à la vie en société, de répondre aux attentes des autres, d’intégrer les messages identitaires d’un groupe et se construire une image de soi. Cette impression d’être différent rend l’intégration tellement difficile. Impossible d’être soi et d’être accepté pour ce que l’on est. Zebulon est alors en pleine construction de ce faux self. Il a essayé de se faire accepter comme il est et au final il a eu rejet, isolement. Cette solitude lui était tellement douloureuse qu’il a alors préféré comme mécanisme de protection de ce fabriquer ce faux self, pour s’adapter à son environnement, en s’attachant à répondre aux attentes extérieures. Tout cela au prix d’étouffer sa vraie personnalité. La colère en lui de ne pourvoir être lui, la peur d’être rejeté et abandonné, la tristesse d’être seul et incompris. Cette pression sociale qui le pousse à ressembler au groupe. Pression vécue comme une agression.

Nous sommes là, assis, à réaliser que notre petit préfère jouer un rôle pour mieux vivre sa différence. Et ne se permettre d’être lui qu’à certains moments, quand il se sent au service de lui même. Et que ces moments là, il ne les partage pas forcément avec nous, pensant répondre à nos attentes. Il s’autorise avec nous d’exploser sa colère car il sait que notre amour inconditionnel est là pour l’accompagner.

Et nous dans tout cela? Quel est notre rôle? Nous allons continuer à l’accompagner au mieux, l’aider à se construire face au groupe. Répondre à sa demande.

« J’ai besoin de vous pour apprendre à jouer au foot, pour jouer à la console pour essayer d’aimer les jeux des autres enfants, pour être avec eux. Mais juste un peu. »

Un équilibre fragile à installer, une aide pour tisser un lien avec les autres, envoyer le signal « je suis un peu comme vous mais pas tout à fait… ». Sans pour autant étouffer sa personnalité et ce qu’il est. Avec le temps, il saura trouver sa place, il saura s’entourer d’enfant lui ressemblant un peu pour être enfin vrai. Aujourd’hui, ce faux self semble être indispensable pour Zebulon, pour ne plus être la proie de harceleur, de moqueries, pour ne plus vivre en colère. Un jour il s’autorisera à être vraiment lui.

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3 comments on “Enfant précoce et le faux self”

  1. Tellement dur de lire cette souffrance pour lui. Même si mon fils n’a pas les mêmes capacités, il a employé les mêmes mécanismes pour tisser des liens à l’école avec les autres. C’est terrible de se sentir si différent parce que les autres n’essayent même pas de comprendre ou de s’adapter. Pleins de bisous à ton bonhomme

  2. L’impression de lire mon Quentin… qui même en faisant son faux-self n’a pas forcément réussi non plus…
    Sa colère et son « j’en ai marre » de sa différence non visible comme il me disait et de son manque d’intégration. Le harcèlement scolaire aussi, qui aura duré plus d’un an.
    Et surtout son incompréhension, son sentiment d’injustice face à tout ça. Son grand frère reconnu différent, avec un handicap (tdah) arrivait lui à se faire plein d’amis et lui n’arrivait qu’à en avoir que les miettes (15 mois d’écart , des copains en commun).

    Il y a d’abord eu cette psychologue scolaire qui a mis un mot sur sa différence, qui lui a donné quelques codes mais surtout qui m’a montré comment lui permettre d’être lui-même à 100% quand il était avec moi et à assouvir sa soif de connaissance qui le faisait finalement souffrir plus que tout.
    Alors il a créé sa bulle, sa bulle d’expérience avec tout ce qu’il trouve et du coup de petites inventions…. et le petit à côté de la plaque est devenu un peu ce pote qui est malin. Et il a aussi trouvé sa place avec d’autres enfants différents, pour d’autres raisons. Pas forcément pour mon plus grand bonheur j’avoue, les enfants terribles sont souvent des enfants différents et il se faisait prendre plein de fois en mode « bêtise ».. mais il y a eu les enfants mal-entendant (il y a une clis dans son ancienne école) et à partir de leur langue de signe, il a constitué une langue « codé » et il a fait un groupe. « Le groupe des seuls à la récré » et cette fois c’était lui et ses potes qui mettaient les autres à part…
    Mais il était pas encore très bien parce que toujours incompris , toujours repoussé par beaucoup et son empathie lui faisait prendre des coups quand il défendait les autres mais personne le défendait…

    Et puis il y a eu la rentrée de septembre. Par la force des soucis familiaux, il a changé d’école et de ville. Et il est tombé sur une maîtresse qui a su lui donner certains codes. Le code du langage déjà. Qu’il était utile de se forcer à se faire comprendre des autres, et que de là pouvait émerger de belles idées et un beau partage. Un système de tutorat aussi… ou lui aidait les autres dans leurs difficultés scolaires et où ceux en difficultés scolaires l’aidaient dans ses difficultés relationnelles. Une sorte d’échange gratifiant. Et il aime l’école;… La méthodologie de math aide beaucoup (tu peux regarder la méthode de Singapour, une méthode qui ne limite pas et qui est très très intuitive… Ma fille de 7 ans dans la même école additionne, soustrait, multiplie , divise.. de petits nombres mais elle fait ça en CP).

    A la maison, je lui ai appris les recherches dans les livres, sur le net (wikipedia est son grand ami), il a deux cahiers : un où il organise sa pensée (très dur pour lui) et un où il se défoule (ce qui mène d’ailleurs des écrits sur son premier cahier). Et je l’ai amené sur le chemin de la lecture (ce qu’il voulait BD, documentaire, roman… ) et les livres sont devenus un peu son refuge mais, du coup, aussi un beau sujet de conversation.

    Je lui ai surtout appris que la force de son grand frère c’était justement sa différence. Parce que c’est ça qui fait qu’on sort du lot, que les gens nous retiennent et que les amitiés quand elles sont là, sont forte. Alors on travaille à faire de SA différence SA force… Mais il a aujourd’hui 8 ans et c’est quand même plus simple.

    Je t’envoie plein de courage et surtout fais toi confiance… Ton ouverture et le réconfort que tu as su toujours lui donner même dans ses grandes colères font votre force.

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