La vie en collectivité. Apprendre à vivre ensemble, à écouter les autres, patienter et parfois aussi apprendre la frustration. On ne peut décider seul de tout, à tout moment. Il y a des règles, des codes, une organisation pour le bon fonctionnement. La cour de l’école répond à ses propres règles, rites de passage, une articulation des forces en présence, mêlant des petits avec des plus grands, des filles et des garçons, des plus forts et des plus faibles … La cour de l’école, ce monde où le parent n’a pas de regard et pas de prise. Monde où notre enfant doit évoluer seul dans cette collectivité et en apprendre les rouages.

enfant dernier un grillage d'une cour d'école

 

La règle a toujours été claire à la Casa. On ne tape pas. On utilise les mots pour exprimer sa colère même envers ses camarades quand on n’est pas d’accord avec eux. On cherche des solutions, d’autres moyens pour régler un conflit. Le combat n’est pas une solution.
La règle est toujours aussi claire et répétée mais la mise en application plus compliquée. Nos quelques années de parents d’élèves nous ont vite montré que la cour de l’école c’est la jungle. En toute honnêteté, cela a toujours été, même à mon époque (oh lala mon grand âge !!!), je faisais d’ailleurs partie de ses enfants malmenés. Mes lunettes et mes oreilles décollées étaient sujets à moqueries. Je ne savais pas me défendre. Je me cachais et je pleurais. Cette réaction attisait encore plus les railleries. J’aurai aimé avoir les armes pour me défendre. Par armes, je parle d’une confiance en moi telle que je ne sois pas une cible. Je n’ai pas la stature d’un leader, je prends chaque attaque en plein cœur, difficile de prendre du recul sur une émotion, à la recherche de l’acceptation et l’approbation de mes pairs. Le sujet parfait pour le harceleur de la cour de récréation.  

Ces armes, je voulais les donner à mes enfants. Savoir se défendre et se faire respecter. Il nous est apparu essentiel de ne jamais perdre le dialogue avec eux. Petites questions par ci par là pour connaître la température de leur intégration dans l’école. Sans trop s’immiscer. Les copains, les jeux, écouter les chamailleries, les disputes du midi et les réconciliations du soir. Ne pas intervenir. Toujours être à l’écoute, en vigilance, en embuscade s’il fallait intervenir. Mais aussi leur faire confiance en leur capacité à gérer une situation conflictuelle, à trouver une solution.
On ne compte plus les repas à les écouter nous raconter les disputes de récréation, disputes qu’ils vivent si intensément, comme si leur vie en dépendait « tout est fichu il me déteste ». Les aider à dédramatiser sans pour autant miniminer l’importance de ce qu’ils vivent. Les aider à trouver une solution, à parler avec leurs camarades, demander pardon et se faire entendre si besoin. Le lendemain, ils rentrent avec des « Tu avais raison, on s’est pardonné c’est à nouveau ma meilleure copine de toute la vie ». OUF !!

Nous avons dû parfois les aiguiller dans leur choix de camarades. Leur faisant comprendre que certains gestes ou certains comportements n’étaient pas selon nous acceptables ou dans nos valeurs. Que nous ne pouvons pas nous entendre avec tout le monde. Il y a les copains et les amis. Que l’on a le droit de choisir ceux qui partagent nos jeux et nos rires.

Puis il y a les confidences feutrées au moment du coucher, des phrases lancées sur le chemin de l’école « je veux changer maintenant d’école. » « Cette école est nulle, les enfants sont nuls, trop méchants ». Des phrases qui se multiplient, s’intensifient en détails. Zebulon subit depuis plusieurs semaines des coups (gifle, coup sur la tête, coup de pied, coup de poing dans le ventre), croche pied, bousculade de la part d’un grand de Cm2 et ses compères. Des gestes violents, méprisants qui heurtent quotidiennement mon petit. Des gestes d’autant plus virulents quand on a juste 6 ans face à un 10 ans. Il nous avoue qu’il a peur d’eux, qu’il préfère fuir et courir pour leur échapper. Mon enfant se fait harceler dans la cour d’école.

Nos armes n’ont alors plus de poids. La peur le paralyse. Il a essayé de crier fort pour se faire entendre. Il a voulu crier fort pour qu’il le laisse tranquille, mais la peur l’en empêchait. Devenant ainsi une proie facile. Nous lui expliquons que le plus faible c’est ce grand, s’en prendre à un CP est un manque flagrant de courage !
L’adulte devait alors intervenir, nous devons intervenir. Il n’est jamais aisé de savoir ce qui se passe dans la cour de l’école. Il n’est pas toujours facile de comprendre les rapports de force, les règles qui se tissent entre les enfants. Il y a notre enfant en dehors de l’école et il y a notre enfant dans l’école. Il joue parfois un rôle, développe aussi sa personnalité pour se faire une place, pour se faire respecter, pour être tranquille. Nul besoin d’être un caïd mais il faut faire son trou, adopter des codes tout en ne perdant pas de vue les règles familiales. Un équilibre pas toujours facile à comprendre et à adopter. Zebulon gère difficilement ce passage et cet équilibre est compliqué à atteindre. Comment respecter les règles de la maison et ne pas se faire marcher dessus face à ceux qui usent de leur force et de l’intimidation? Alors il encaisse puis déverse sa colère après, au mauvais moment sur la mauvaise personne. Ce qui lui a valu des réprimandes. On le tape, il tape. On tourne en rond. Il n’y a pas de profil de l’enfant harcelé car si c’était le cas, on n’aurait jamais parié sur Zebulon !

Faire rentrer un adulte dans les histoires de l’école doit selon moi, être fait de manière raisonnée, prudente et nécessaire si le bien-être de l’enfant est en jeu. Il ne faut pas perdre de vue que les enfants hésitent à demander de l’aide à un adulte, de peur d’être une balance et de devoir faire face à des représailles.
Jusqu’à présent nous étions en support, coach de défense. Mais cela n’a pas été suffisant.
Je n’ai jamais aimé pointer un enfant pour un comportement. Mes enfants ne sont pas des anges. Je ne sais pas comment ils se comportent une fois la porte de l’école refermée. Je connais le tempérament coléreux et de non gestion des émotions de mon Zebulon. Je connais ses forces mais aussi et surtout ses faiblesses. Je garde mon positionnement de parent. Certains gestes ne sont pas acceptables, il est de notre devoir de parent d’être vigilant sur le comportement de nos enfants, sur le rôle qu’ils jouent dans la hiérarchie de la cour de récréation. Ne pas laisser s’installer une souffrance scolaire.

Et toi comment tu gères les conflits à l’école? Ton enfant a-t-il été victime d’harcèlement scolaire?
Pour aller plus loin sur ce sujet, je vous invite à relire mon billet sur ce livre « Te laisse pas faire ! », sur le harcèlement scolaire.

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2 comments on “Dans la cour de l’école, ne te laisse pas faire mon fils.”

  1. j’ai eu le cas avec ma grande qui etait au cp face à une cm2 qui l’insultait, la poussait
    apres lui avoir dit que ce n’etait rien, de ne pas s’approcher de cette grande, de le dire aux maitresses et meme d’avoir discuter avec sa maitresse pour resoudre le probleme, rien n’y a fait. selon l’ecole ma fille amplifiait les choses
    ma fille qui adorait l’ecole ne voulait plus y aller, ne voulait plus descendre de la voiture
    un jour j’ai decouvert un de ses dessins, une petite fille en pleurs qui se faisait frapper par une grande avec les poings et les pieds et là, mon sang n’a fait qu’un tour
    j’ai chopé la petite de cm2, je lui ai remonté les bretelles, sa mere, une punk est arrivée en furie et là, malgré que j’étais en fin de grossesse, elle aussi en a pris pour son grade. et bien sur, c’était ma fille de cp qui frappait sa fille de cm2…. pfff. Elle m’a menacé de me frapper si je m’adressais encore à sa fille et là, devant elle, j’ai dit à sa fille, « ma pauvre petite, je comprend mieux ton comportement envers ma fille, tu as le mauvais exemple à la maison, tu n’as fait que reproduire le schema familial, en tout cas, la prochaine fois que cela arrive, une plainte sera déposée à la gendarmerie et tes parents devront justifier ton comportement et le leur. Une plainte aussi sera deposee contre l’ecole s’il te laisse continuer »
    alors certes j’étais contre tout conflit avant cet episode, mais a un moment il faut intervenir meme maladroitement. evidemment cela n’a pas plu a l’ecole que je regle le pb moi meme
    Il y a un mois, ma fille qui est maintenant en 4eme a été tres peinée, dans sa classe, une camarade s’est jetée du 7eme etage de son immeuble suite à un harcelement scolaire.
    Dès qu’un enfant se sent mal à l’ecole, il faut chercher à savoir pourquoi et à resoudre le pb sans se dire, c’est rien, ca va passer

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