Je suis lovée sur mon canapé, une tasse de thé à la main et un brin de nostalgie m’envahit en pensant à ma Maîtresse. Maîtresse Annie …. une madame très grande aux cheveux d’Or, souvenirs de mes yeux d’enfants. Ma Maîtresse rien qu’à moi,qui m’a donnée le coup de dessiner, de m’exprimer et de croire en moi. Je me souviens de cette peinture me représentant avec mon père en train de faire un pique nique dans une  forêt. Le feu crépitait et remplissait toute la feuille. Je me souviens de ses félicitations pour cette oeuvre majeure de mon enfance … Quel bonheur à chaque fois que je la croisais, elle m’a vu devenir jeune fille et puis femme! Je suis partie de mon village natal mais elle reste dans mon coeur!

Ce matin je reçois Maman Elfe, une femme, une maman et une Maîtresse d’école. Elle vient boire un petit verre autour de ce feu crépitant, qui nous réchauffe le coeur. Un vrai moment de douceur et de générosité. Merci à toi Maman Elfe pour ce moment. Nous avons tellement papoter qu’une partie de la conversation se trouve chez elle.

Pour le reste c’est ici « Au coin du Feu »:

 

aucoindufeu

« J’ai beaucoup parlé de mon métier sur le blog, je vais donc essayer de na pas être trop redondante (attention, mot savant du jour^^). Concrètement, je fais quoi exactement ?

D’abord, j’enseigne en classe unique en milieu rural, donc, mon job n’est pas tout à fait le même que celui de madame Durand qui enseigne en CE1 pur à Clermont-Ferrand (oh ça va, hein, chez moi c’est LA grosse ville !). Je suis toute seule dans mon école, j’assure donc la direction de moi-même et la seule adulte que je vois dans les locaux est la cantinière, quelques minutes par jour. Je surveille donc toutes les récrés, je prends le risque d’envoyer mes gnomes pisser seuls en journée et je gère les horaires un peu comme je veux.

Je n’ai pas d’intervenant en musique, en EPS ou que sais-je… J’enseigne toutes les matières, toute seule, sans forcément les compétences réelles, ni le matériel requis. Je ne suis pas musicienne et je chante faux, pourtant je dois enseigner la musique. J’en suis capable, c’est le concours qui l’a dit. A l’école, j’ai 3 cerceaux dont deux cassés, 21 plots, 8 chasubles et 5 ballons en mousse. Et je tente d’enseigner l’EPS comme je peux. J’en suis capable, le concours l’a dit (à ce propos… je rappelle que l’épreuve d’EPS était une épreuve de danse, et comme dans l’éducation nationale les choses sont un peu particulières, savoir danser m’a certifiée « apte à enseigner l’EPS »). Autant dire que souvent des fois, l’EPS passe à la trappe.  Manque de matériel+résultats médiocres en géographie=une leçon de géo en plus (et une d’EPS en moins !)

 

 

J’ai la chance de bosser dans un RPI (et non pas RIP comme sur ce courrier que j’ai reçu…), ce qui signifie qu’une collègue fait partie de ma microsphère sociale. Elle prend les élèves de maternelle et CP, et moi je les suis du CE1 au CM2. Autant dire qu’on est comme une grande famille (avec, dans le rôle de la belle-famille détestable et usante, j’ai nommé…les parents d’élèves chiants !!!). Ma collègue est très sympa, elle pense toujours à me téléphoner pour me rappeler de faire mes déclarations de non-grève, de distribuer les papiers importants et toutes ces petites choses que je dois faire dans mon boulot de directrice. Et des fois…heureusement qu’elle téléphone ! Elle et moi, on se voit trois jours par semaine pour faire l’aide personnalisé ensemble et c’est vraiment cool de fréquenter une personne qui est âgée de plus que 11 ans et quelques mois J

 

Pour vous parler de mon métier, j’avais lancé un petit sondage sur facebook pour savoir ce que c’était, pour vous, une maîtresse. J’ai été triste de voir que beaucoup d’entre vous ont de mauvais souvenirs et j’en profite pour me remettre en question, me demander si moi aussi, parfois, je ne traumatise pas mes élèves.  Pour d’autres, vous voyez mon métier comme un partage. Certains ont remarqué que nous étions parfois mal considérés alors qu’on en chie (à qui le dites-vous !). J’ai adoré lire que nous aidions les enfants à prendre confiance en eux. Plusieurs d’entre vous ont aussi conscience que nous avons moins de vacances que ce que tout le monde croit, que nous devons gérer notre vie familiale en plus de celles de nos élèves parfois. J’ajouterai qu’il est, souvent, très difficile de ne pas ramener le travail à la maison. Impossible de ne pas parler de ses doutes, de sa colère ou de son indignation. Difficile de dormir en pensant que demain, c’est décidé, je le posterai ce signalement…

 

Je repense aussi à une remarque de P’tite Maman… Elle a dit que pour elle, la maîtresse c’est quelqu’un qui passera plus de temps avec sa fille qu’elle. Et ça m’a rappelé…

 

Ca m’a rappelé que jamais je n’accompagnerai Petite Elfe à sa rentrée. Que pour sa première fois à l’école je ne serai pas à ses côtés pour lui tenir la main et l’accompagner dans sa classe. Que je ne serai pas là à pleurer comme tous les parents une fois les talons tournés. Que je ne voudrai pas rester encore un peu plus alors que je sais pertinemment qu’il ne faut pas et que ça m’énerve quand les parents le font.

Je ne suis pas que la maîtresse, je suis aussi une maman et ce n’est pas toujours facile de concilier les deux.  Pas toujours évident de donner toute l’attention qu’elle réclame à Petite Elfe dès l’instant où je la récupère chez Nounou le soir alors que je voudrais juste 10 minutes pour me poser et me sevrer de mon contact avec les enfants.

Bon. Je n’ai toujours pas parlé de mon métier, pas vrai ? Je vous ai préparé un petit vrai/faux…

 

1 – La maîtresse, elle a toujours un chouchou, d’abord !

Je ne sais pas si ça se vérifie chaque année, mais pour être franche, oui c’est vrai. C’est juste humain d’apprécier quelqu’un. On a toujours un ou deux élèves que l’on apprécie plus que les autres. Mon boulot, c’est de faire en sorte de ne pas le montrer. Ni à l’élève en question, ni aux autres. Et croyez-moi, quand cet élève-là quitte l’école pour partir en sixième et que sa maman vous saute dessus pour vous dire « maintenant que mon fils n’est plus votre élève, nous allons pouvoir être amis ! », ça fait plaisir !

2 – Les instits, ce sont de vrais fonctionnaires ! Toujours en vacances !

Vrai, je suis fonctionnaire. Vrai j’ai souvent des vacances (et même que je compte le nombre de semaines entre deux, et que je convertis tous ça en nombre de jours d’école). Mais franchement, je ne suis pas une feignasse ! Oh que non ! 2 secondes de réflexion… Y-a-t-il vraiment des gens qui croient que je peux me pointer à l’école, faire classe et rentrer chez moi sans travail de préparation entre les deux ? « Bonjour les enfants, hier nous avons travaillé page 40, ce sera donc page 41 aujourd’hui, hein ! ».

Rêve… J’ai 4 niveaux dans une même classe, des petits CE1, si petits… des CE2 qui ont encore besoin de mon côté « maman », des CM1 qui s’émancipent et des CM2 qui rêvent de collège. 4 niveaux, ça ne s’improvise pas. Alors des fois…des fois je passe 2 heures le samedi et deux heures le mercredi à préparer ma semaine (ça, c’est quand je suis motivée je n’ai rien d’autre à faire à la maison parce que préparer la classe pendant la sieste de Petite Elfe ça veut dire ne pas repasser, lessiver, faire le ménage, cuisiner…). Et souvent je prépare la classe le matin avant l’arrivée des élèves. J’arrive à 7h30, soit 45 minutes avant mes élèves, 45 minutes qui passent bien trop vite !

3 – L’instit, elle a du courage, moi j’pourrais jamais faire ça !

Vrai et faux.  L’instit, elle a du courage de supporter les parents d’élèves, du moins, certains. Du courage de se lever le matin pour aller parfois endurer les insultes, les remarques désagréables et les regards méchants. Mais pour le reste…l’instit n’a pas de courage. Elle a de l’envie, de l’amour, du plaisir. Donner à ses élèves autant que recevoir d’eux, c’est vraiment magique. Enseigner, c’est échanger, c’est aimer voir les yeux des enfants briller quand ça y est, « j’ai compriiiiiiiis, maîtresse ! ». Je suis parfois une femme courageuse, mais une maîtresse courageuse, je ne crois pas.

4 – Les instits, ils sont super bien payés pour voir qu’ils branlent rien

Hum. Vrai ou faux, à vous de voir… Je ne vais pas vous faire croire que je suis pauvre, ce serait vraiment déplacé de ma part. En revanche, quand je parle avec un de mes amis qui est prof depuis seulement un an, qui ne bosse que 24 heures effectives par semaines et que j’apprends qu’il gagne plus que moi qui bosse depuis quatre ans… J’ai un peu les boules. Léger, hein.

Sinon, j’ai une info… tout le monde ne le sait pas mais nous ne sommes pas payés pour être en vacances les deux mois d’été. Comprenez par là que notre salaire est calculé sur 10 mois, puis réparti sur les douze mois de l’année. Vu comme ça, on gagner un peu mieux notre vie (théoriquement, hein !) et surtout vous savez maintenant que je ne suis pas payée à rien faire en juillet et août !

5 – Les enfants, c’est pas évident à supporter !

Faux. C’est ça, mon boulot. Faire en sorte que les enfants ne soient pas insupportables. Savoir gérer ma classe en faisant en sorte qu’ils se sentent assez intéressés et investis pour n’avoir pas envie de faire le bronx. Mais ça, je ne peux le dire que parce que j’ai des élèves agréables, parce que je bosse en milieu rural, plutôt privilégié en somme. Cela dit… quand on devient instit on sait à quoi s’attendre, donc je trouverai ça osé de se plaindre.

EN REVANCHE, je me répète, les parents, eux, ne sont pas évidents à supporter. Oh non ! Pas tous, bien entendu, juste les pénibles. Ceux qui trouvent que nous ne faisons pas notre travail correctement. Ceux qui viennent nous insulter sur notre lieu de travail. Ceux qui nous dénoncent pour des faits illusoires à l’inspection académique. Ceux qui fabulent pensent que nous détestons leurs enfants. En somme, tous les parents qui oublient que les mots font mal. Que nous ne sommes pas des robots adaptables à chacun en fonction des humeurs. Tous ceux qui oublient que nous sommes humains. Et que même si parfois on en a très envie, on se tait, NOUS. On ne leur dit pas qu’ils ne font pas leur « job » de parent correctement.

 

6 – Les instits, ils sont TOUJOURS en grève !

En ce qui me concerne, c’est faux. Jamais je n’ai fait une seule grève. Petit un, ça mettrait mes parents d’élèves dans la merde, petit deux ça ferait pas avancer le programme, petit trois ça ferait des sous en moins à la fin du mois. Cela ne veut pas dire que j’approuve toujours les décisions prises en haut lieu concernant ma profession…disons que je « milite » à ma façon.

A propos de la grève, je vais vous raconter un truc marrant – ou pas. Savez-vous que ce ne sont pas tant les grévistes qui doivent se signaler que les non-grévistes ? Je m’explique. Imaginez que lundi 30 février une journée de grève soit annoncée. Déjà perturbée par cette apparition saugrenue dans le calendrier, j’oublie complètement de me connecter au serveur et de cocher la petite case « je déclare avoir régulièrement assuré mon service blablabla… ». Et j’oublie… eh bien quelques mois plus tard, je vais me retrouver avec une subite retenue sur salaire incompréhensible, je vais donc devoir chercher quelle grève j’ai bien pu zapper, faire un courrier à mon inspecteur, qui le visera (preuve de ma bonne foi) et le transmettre à l’inspection académique. Beaucoup de temps et d’argent dépensés pour rien. Alors que le gréviste, lui, non seulement il ne va pas bosser (le veinard !) mais en plus il n’a rien à faire. Pas la moindre déclaration internet, non non ! Et s’il n’a pas déclaré son intention de faire la grève, cela ne changera rien. Absolument rien. Tout cela est, somme toute, hyper logique, non ?

7 – Maman Elfe, elle l’aime, son métier

VRAI ! J’ai passé des moments difficiles, j’ai du faire réparer 3 fois un pneu crevé, je me suis enfermée à clé dans l’école pour me soustraire à un papa qui levait la main en me menaçant alors que Petite Elfe grandissait en moi depuis 2 mois. Je me suis faite traiter de connasse. J’ai « récupéré » sur le bord de la route un enfant de deux ans venu à pieds depuis chez lui retrouver ses sœurs parce qu’il était seul à la maison. J’ai subi des moqueries de la mairie parce que je suis « une fille de la ville » (bah oui, chez moi il y a plus de 500 habitants, c’est donc la ville te je suis donc une fille de la ville).

MAIS, il y a les enfants. Les dessins, les petits mots. Des « je t’aime », parfois. Des câlins et des sourires. Les bulletins de sixième de mes anciens élèves qui sont pleins de compliments et de bons résultats. Mon plaisir quand j’écris la date au tableau en songeant que c’est une nouvelle journée à inventer ensemble. Mon excitation à l’idée d’emmener mes gnomes à Guédelon afin de partager avec eux ma passion pour le Moyen Age. De belles balades dans les bois pour y découvrir toutes les essences locales. Des « Attention….les éperviers partent en chasse ! ». Quelques heures de discussion philosophiques : c’est quoi l’amour ? La différence, ça vous fait penser à quoi ? C’est quoi, avoir peur ? … cette année, je vais laisser partir en sixième les élèves à qui j’ai enseigné 4 ans, depuis le CE1 jusqu’à leur CM2. Je crois qu’un certain soir de début juillet, aux alentours de 16 heures, le temps sera pluvieux, quelque part dans mes yeux…

Tant que le plaisir sera là, j’aimerai mon métier. Faites que ça dure longtemps, très longtemps ! »

 

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15 comments on “« Au coin du Feu » avec Maman Elfe”

  1. Magnifique article, c’est terrible, quand je lis des choses comme ça, ça me donne des envies de retourner à ma vocation première … mais non, j’ai dis que je ne retournerai pas à l’école …
    Ceci dit, rassure-moi, tu as aussi des parents d’élèves qui ne sont pas des fléaux, quand même ?!
    Bises à toutes les deux !

  2. oui rien à redire. bravo pour le début et suite et fin ici. Tu remets les pendules à l’heure et c’est très bien ! continue de bien prendre soin des nouvelles petites générations ; ils ont besoin de quelqu’un comme toi !

  3. J’aime , j’aime , j’aime …(encore un ???) …. j’aime !!!!!!!! Vraiment , très interessant , tes élèves ont de la chance d’avoir une maîtresse comme toi , je t’assure !!!!!!

  4. J’aime j’aime j’aiiiiime!!!!!!!!!!!!!!! J’adore ce coté petite école communale que j’ai un peu vécu en étant enfant… Ce métier a toute mon admiration, je trouve que c’est un métier magnifique, et qui est essentiel, indispensable pour nos enfants…. Merci d’avoir témoigné, c’est magnifique… Je ne m’imagine pas les instits ou les profs autrement que passionnés, motivés, impliqués…Je suis une idéaliste de l’école publique, c’est plus fort que moi!!!!Merci!!

  5. Je viens enfin de lire la suite…
    Je crois qu’il en faudrait beaucoup des instits comme toi, qui aiment leur métier…
    Souvent, j’ai pas l’impression que c’est le cas…
    Je te souhaite que cette passion, te dure toute ta carrière…peut-être est-ce la lassitude, qui fait que certains profs donnent l’impression que leurs métiers les emmer*ent…
    Merci pour ce témoignage.

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